Auto-stop, train, bus : le triathlon chinois

Et puis parfois, des voitures s'arrêtent, et on pense que ça ne va pas rentrer, et en fait, surprise, ça rentre !

Nous mettons désormais le cap plein ouest, et à l’ouest de Hangzhou nous trouvons enfin de la verdure ! Nous sommes de retour à la campagne ! Nous pédalons loin de l’agitation des grandes villes, à travers des montagnes verdoyantes, alors que nous désespérions d’en trouver, et nous traversons enfin de petits villages.

On est pas tous équipé de la même façon, ce cyclo-voyageur a simplement attaché une caisse en plastique sur son porte-bagage
On est pas tous équipé de la même façon, ce cyclo-voyageur a simplement attaché une caisse en plastique sur son porte-bagage

Après ces quelques jours de douce promenade, nous atteignons Huangshan, les fameuses « montagnes jaunes ». Malheureusement, la saison des pluie commence, et de lourds nuages nous interdisent tout émerveillement.

 

Derrière les nuages, d'imposantes et magnifiques montagne (il paraît)
Derrière les nuages, d’imposantes et magnifiques montagnes (il paraît). On se contentera du premier plan, qui vaut tout de même son pesant de cacahuètes.

Faisons un très rapide petit point géographique : la Chine est un pays immense. Cela signifie qu’on a beau pédaler comme des flèches, la traverser d’est en ouest en moins de trente jours (soit la durée de notre visa), s’avère un peu coton. Nous prévoyons donc désormais de faire du stop pour gagner quelques centaines de kilomètres. On nous avait dit : « le stop, en Chine, c’est hyper simple ».  Oui, mais nous avons deux vélos, et faire comprendre que nous voulons mettre des vélos dans le camion, puis monter à notre tour dans le camion se révèle d’une complexité inattendue. Les conducteurs qui nous voient sur le bord de la route, le pouce levé, se contentent souvent de lever le pouce à leur tour avec l’air de dire « Ouais ! Tout va bien pour nous aussi ! ». Nous n’arrivons pas à communiquer avec les chinois. Quand nous arrêtons un camion, nous passons des heures à tenter d’expliquer notre projet à l’aide d’un traducteur. Un conducteur passe même un temps fou à nous expliquer qu’il faudrait que nous parlions chinois, un autre nous conseille tout bonnement de pédaler, on ne peut pas vraiment lui en vouloir… Enfin, la plupart de ceux qui s’arrêtent nous indiquent simplement la route à prendre, heureux d’avoir pu aider.

Ce jour là, cela fait une heure que nous sommes devant ce péage d’autoroute, quelques jeunes désœuvrés assis à l’ombre d’un poste de police nous observent. Eux ont finit par comprendre notre projet et quand une camionnette mal en point finit par s’arrêter, ils se lèvent tous comme un seul homme et expliquent la situation au conducteur en hurlant. Ce dernier n’a pas l’air très motivé, mais nos nouveaux amis ne lui laissent pas le choix, ils s’emparent de nos vélos et les fixent à l’arrière de la camionnette. Le conducteur les regarde faire, la mine un peu désespérée. Le pauvre a de quoi, sa camionnette est bien fatiguée. Nous parcourrons difficilement cinquante kilomètres en une heure sur l’autoroute avant que le moteur ne décide de s’arrêter. Nous poussons un peu, ça redémarre. Mais pas pour longtemps, une demi-heure plus tard, la dame du péage a pu profiter de l’amusant spectacle d’une camionnette poussée par deux françaises passer doucement devant son guichet. Nous sommes au niveau d’une immense air de repos pour camionneurs. Nous laissons notre chauffeur trouver une dépanneuse et trouvons un coin d’herbe pour planter notre tente. Nous retenterons le stop le lendemain.

Pour faire court, ce fut long. Sur nos vélos, au moins, si nous le voulons, nous avançons. Même quand c’est difficile, même quand il faut pousser dans les côtes ou contre le vent, on avance. Mais là, pendant deux jours, nous piétinons, avançons à peine, et surtout attendons des heures sur des aires d’autoroutes, des stations services, au milieu du bruit, des pots d’échappement, a tenter d’expliquer ce que nous voulons faire, en vain.

Il est midi, nous sommes à Lu’an, nous avons passé toute la matinée dans une station service, sans résultat, lorsque nous décidons de changer de technique. Désormais, nous prendrons des bus ou des trains. L’étude du réseaux de transport de la Chine fut un nouveau challenge. Tous les trains ne prennent pas les vélos, tous les bus ne vont pas où nous le souhaitons, la plupart des chinois ne parlent pas anglais et notre prononciation des villes chinoises est visiblement incompréhensible.

Quelques heures plus tard nous atteignons, en bus, la ville de Hefei. Le lendemain, nous prenons le train. Douce expérience en Chine. Nous passons plusieurs contrôle de sécurité avant d’attendre en salle d’embarquement. Beaucoup de passagers portent leurs affaires dans un seau en plastique. Ce sont ceux qui n’ont pas de place assises, une fois dans le train, le seau retourné servira de siège. D’autres portent leur sacs « à l’ancienne » dans de gros balluchons qu’ils suspendent aux extrémités d’un bambou posé sur leur épaule. Dans le train, nous sommes l’objet de tous les regards. On nous prend en photo, on nous filme et on nous pointe du doigt. Tout le monde fume, et bientôt le wagon est plongé dans un brouillard gris. Nous passons trente heures à bord, par soucis économique, nous avons pris la dernière classe, très justement appelé « hard seat ».  Enfin ça reste moins hard qu’un seau en plastique, surtout quand vient la nuit et que ces derniers s’allongent un peu partout, dans les couloirs ou sous les sièges. La nuit est ponctuée des hurlements du chef de wagon qui passe dans la rangés à chaque gare pour annoncer l’arrêt. Comme il doit s’assurer de réveiller d’éventuels passagers étourdis, il s’époumone à chaque passage. Mais une bonne ambiance règne à bord, tout le monde semble se connaître, les chinois changent de place comme on changerait de chemises, on a le sentiment d’être dans ces wagons réservés aux colonies de vacances !

Nous débarquons à Zhangye, Liren vient nous chercher à la gare. Il est en pleine construction de son auberge de jeunesse et nous fait un peu de place sur deux canapés pour quelques jours.

Nous faisons un tour vers les Rainbow montains, à quelques kilomètres de Zhangye, on ne les verra que de loin, le site est barricadé, impossible d’y accéder sans sortir le chéquier.

Le soir, notre hôte invite quelques amis dans le tout nouveau bar de l’auberge de jeunesse, son « whisky bar ». Ambiance cigares et canapé en cuir noir incrusté de strass, lumière tamisée, on grignote des pattes de poulet et des cous de canard. Tient on sort des cartes, on va jouer au poker ? Ha non ! Nous voilà embarqué dans une partie Uno de folie !

On ne rigole pas avec les règles du Uno

One Reply to “Auto-stop, train, bus : le triathlon chinois”

  1. tching tchang tchong !

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