Bishkek avec les copains

Blaise is player

Après une semaine à Karakol, nous voilà à nouveau à bord d’un mini-bus fou, direction Bichkek.

Nous atterrissons chez Isken. Cet étudiant vit en coloc avec Youssuf, Tamarlan et Rustam. Ils nous accueillent pour une semaine. Isken a 23 ans, il a étudié en Italie, visité un peu la France, il parle couramment anglais, italien et presque aussi bien le français.
Pendant une semaine, nous partageons l’appartement avec eux.

Repas de Noël !

Depuis le début de nos péripéties au Kirghizstan, nous entendons beaucoup parler des « kidnapping de femme ». On nous présente cette pratique comme une tradition venue des villages et qui semble encore sévir.
L’un de nos coloc nous raconte comment ses parents se sont rencontrés. Sa mère était à l’époque en couple et amoureuse quand un autre homme a décidé qu’il voulait l’épouser. Avec quelques copains, il a donc kidnappé la femme qu’il convoitait, pour l’amener chez lui. Cette pratique est officiellement illégale. Les femmes peuvent donc se plaindre, appeler la police. Mais alors la honte tomberait sur elle et sa famille et elle ne pourrait jamais se marier. Finalement, refuser un enlèvement pour une femme n’est pas concevable. La mère de notre ami a cependant tenté d’échapper à son kidnappeur en appelant ses parents à l’aide. Ces derniers lui ont répondu que l’homme qui l’avait enlevé était un bon parti, elle devrait rester avec lui.
D’après notre ami, ces pratiques sont extrêmement courantes, mais cachées. Les chiffres officiels seraient faux et plus de soixante pour cent des mariages Kirghizes seraient le résultat d’enlèvement. Les raisons sont diverses, d’abord la tradition est encore très présente dans les villages. A vingt-trois ans, une jeune femme doit impérativement être mariée. Certains parents pourraient donc considérer le kidnapping comme une opportunité pour leur fille. Les jeunes hommes peuvent attendre un peu plus avant de se marier, mais leurs proches vont les pousser à fonder une famille le plus tôt possible. Après un mariage, la femme vient habiter avec son mari chez les parents de celui-ci. Elle doit alors, en plus de son travail si elle en a un, s’occuper de l’intendance et l’entretient de la maison. C’est le quotidien de Zara, vingt-trois ans, avec qui nous avons discuté la semaine précédente. Enfin, un homme qui épouse une femme doit apporter à sa famille une dot conséquente. Un enlèvement permet de passer outre ce détail. Cette pratique est tellement démocratisée, que depuis notre arrivée au Kirghizstan il nous semble que nous en avons discuté avec toutes les personnes que nous avons rencontrées. Au début, nous pensions que l’on nous racontait une ancienne tradition disparue, malheureusement, nous mesurons petit à petit l’ampleur de cette coutume.

Nous passons une semaine dans cette joyeuse coloc, puis nous louons un appartement dans le centre-ville pour accueillir Blaise et Anne-Laure, deux amis d’Elsa, qui viennent passer une semaine avec nous.

Après une journée de quelques visites réglementaires dans la ville, nous partons explorer les alentours. Pour se déplacer quand on a plus de vélo, on utilise les minibus. Ils partent quand ils sont archi-pleins, comprendre qu’on se retrouve souvent coincés entre une énorme chapka et une maman avec son nouveau né. Soit il fait une chaleur tropicale avec le chauffage à fond. Soit le chauffeur a décidé de fumer clope sur clope et garde la fenêtre ouverte… On observe alors une formation de glace à l’intérieur des fenêtres. Quand il n’y a pas de minibus, il est très facile de faire du covoiturage. On attend, main tendue sur le bord de la route, et on peut être certain d’arrêter une voiture dans les deux minutes qui suivent. Ici, cette pratique est très commune, tous les kirghizes n’ont pas de voiture et ceux qui en ont la partagent volontiers moyennant une petite compensation pour l’essence, qui reste très modique.

Mise en place de l'auto-stop
Mise en place de l’auto-stop

 

Randonnée dans la neige et sans équipement, on ne fera pas plus de 300 mètres...
Randonnée dans la neige et sans équipement, on ne fera pas plus de 300 mètres…

 

On est allés à la piscine pour se réchauffer un peu

Pour le nouvel an, nous avons prévu de nous rendre à Alaa-Too, la plus grande place de Bichkek. Une immense scène accueille les « pop star » du pays. D’immenses baffles distribuent une musique pop locale aux quatre coins de la place. On se rapproche de la scène sans aucune difficulté , on chante, on danse, on crie… Avant de se rendre compte qu’un cercle s’est formé autour de nous, les gens nous regardent, certains n’ont pas l’air très contents. On prend alors conscience que le public est aussi déchaîné que lors d’une minute de silence. A vingt-trois heures cinquante-cinq, la musique s’arrête, l’écran géant diffuse un message du président. Tous le monde sort alors son téléphone portable pour filmer ce moment unique. Minuit, feux d’artifice. Minuit cinq, fin du show, tout le monde rentre à la maison. On avait déjà remarqué que les Kirghizes n’étaient pas d’inconditionnels fêtards… mais on ne s’attendait pas à ça !

 

Tous les éléments sont pourtant réunis pour passer un formidable réveillons
Tous les éléments sont pourtant réunis pour passer un formidable réveillons

Puis nous nous rendons pour quelques jours sur les bords du lac Issik Kul, littéralement « le lac chaud », puisqu’il ne gèle jamais. On est allé mettre le bout de nos orteils dedans… il faut prendre « chaud » en toute relativité. Près du lac, nous sommes logées pendant deux jours dans la maison d’hôte de Gulmira. Elle et son mari tiennent absolument à nous faire goûter la boisson nationale, le Kumis. Nous avons beaucoup entendu parlé de ce breuvage… et nous le redoutions un peu. Le Kumis est du lait fermenté de cheval. Gulmira nous sert, s’en suit la réplique exacte de la scène des « Bronzés font du ski » lorsqu’ils boivent la liqueur de crapaud. Le mari de Gulmira boit son verre à grande rasade, nous autres peinons à déglutir une seule gorgée. Mon estomac se contracte dans tous les sens pour tenter de rejeter le vilain breuvage. Nos hôtes sont morts de rire devant le spectacle. Ils doivent faire le coup à tous leurs visiteurs !

Le village de Gulmira
Le village de Gulmira

 

Au moment où nous écrivons ces lignes, un article du Monde parait sur le kidnapping des femmes. Cet autre article de Novastan nuance les faits. Cependant, il ne reflète pas ce que l’on a pu entendre dans le pays.

5 Replies to “Bishkek avec les copains”

  1. francoise, la garde dit : Répondre

    bravo les filles. toujours intéressant et de bien belles photos.
    je vous souhaite une année 2018 passionnante et sportive .
    francoise

    1. Merci ! On vous souhaite une très belle année aussi 🙂

  2. C’est trop bien…. Ne lachez rien… Merci et bonne route 2018
    Xavier

    1. Merci cousin 🙂 Bonne année à toi !

  3. Bah tu vois j’osais pas vous envoyer le lien de l’article paru recemment dans le New York Times parce que j’avais peur de me faire appeler la fille de mon pere. Mais vu que vous amenez le sujet sur le tapis… L’article parle du Kazakhstan et n’est pas focus sur le kidnapping mais c’est presente comme une pratique courante. (En plus les photos sont belles et les journalistes etaient entre Almaty et la frontiere Chinoise…)
    https://www.nytimes.com/2017/12/30/world/asia/kazakhstan-cowboys.html?rref=collection%2Ftimestopic%2FKazakhstan&action=click&contentCollection=world&region=stream&module=stream_unit&version=latest&contentPlacement=5&pgtype=collection

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