Casse-tête chinois

Downtown Taraz

Après une semaine de vacances à Almaty, nous voilà revenues à Taraz où nous donnons des cours d’anglais en échange d’un logement dans un hôtel. C’est Ilyas, notre contact au Kazakhstan, qui nous avait proposé ce job. Nous avions convenu avec lui de deux à trois heures de cours d’anglais par jour. Mais Biebit, le père des enfants à qui nous enseignons, n’a peut-être pas tout a fait compris les termes du contrat. Il ne parle pas un mot d’anglais. Dans certain cas, la barrière de la langue n’est pas un souci et on arrive à se faire comprendre. Dans d’autre cas, comme avec Biebit, on a beau faire tous les efforts du monde, on ne se comprend pas. Impossible de convenir d’un emploi du temps, il vient nous chercher à notre hôtel à toute heure de la journée pour nous promener dans la ville, nous déposer chez ses amis, nous faire visiter des écoles… Il nous amène ses filles quand bon lui semble, et on se retrouve à passer l’après-midi avec elles sans trop savoir quand il viendra les rechercher. Et quand on pense avoir convenu d’une heure, il nous pose un lapin. On ne sait jamais vraiment quand on a du temps libre et quand on en a pas.

Et nous avons besoin d’un peu de temps, car nous devons planifier la suite de notre voyage. L’Asie centrale représente un peu une impasse pour nous qui ne voulons pas prendre l’avion. Au Sud, l’Afghanistan et le Pakistan sont des barrières non négociables. À l’Est et au Nord, la Chine et la Russie forment un mur immense, protégé par les galères des visas. Enfin, au Kazakhstan, l’hiver s’installe, les routes sont gelées, nous ne sommes pas équipées pour camper dans ce froid. À Astana, la capitale, nous pouvons espérer obtenir notre visa Chinois ou Russe. Mais l’espoir reste mince, beaucoup de cyclistes passés avant nous dernièrement n’ont pas réussi à les obtenir, et ont dû prendre un avion pour atteindre l’Asie du Sud-Est. Une solution consisterai à envoyer nos passeports en France, puisque faire faire ces visas dans notre pays d’origine n’est pas un problème, mais l’idée de nous séparer quelques temps de nos précieux sésames ne nous enchante guère, et on pourrait nous le refuser si nous ne sommes pas sur place. Une autre solution serait de faire un visa de transit Russe, plus facile à obtenir, qui nous autoriserait dix jours en Russie. On prendrait alors le transsibérien pour atteindre la Corée du Sud. A partir de là, on pourrait (peut-être) faire notre visa Chinois plus facilement puis rejoindre les températures plus clémentes de l’Asie du Sud-Est. Enfin, une dernière solution consisterait à… repousser encore le problème à demain. Nous avons une proposition de job au Kirghizstan. Comme ici, il consisterait à donner des cours d’anglais en échange d’un logement, encore une fois les termes du contrat sont flous. Mais sommes-nous prêtes à nous éloigner encore plus d’Astana, passage obligatoire, pour nous lancer dans une autre aventure incertaine, perdue au milieu des montagnes Kirghizes ? Vous le saurez à la fin de cet article…

Le vélo nous manque un peu, mais pour le moment on est bloquées par la neige !

Pour couronner le tout, un soir, nous apprenons à vingt heures que notre chambre a été réservée il y a un mois. Nous devons quitter les lieux dans deux minutes. Devant la femme de ménage qui bougonne et tapote sa montre devant la porte, nous rangeons nos affaires en vitesse. Et nous nous retrouvons, vélo chargé, dans le hall. On va où maintenant ? Biebit débarque alors pour nous annoncer la même nouvelle. Et bien oui on sait, mais on aurait aimé le savoir un peu plus tôt ! S’en suit une discussion des plus complexes. Nous avons Ilyas par téléphone, sa femme qui parle un peu mieux anglais, Biebit, qui nous parle en Russe, Julia, employée de l’hôtel qui est toute désolée de nous mettre à la porte, et une amie, prof d’anglais à Taraz qui s’inquiète de notre sort. Finalement, il est convenu que nous dormirons ce soir chez Biebit, ensuite on se débrouillera pour se trouver un logement.
Chez Biebit, nous passons donc une bonne heure à cherche un logement pas trop cher. Et le reste du temps à jouer avec l’adorable fratrie de cinq enfants qui peuple la maison. Ici les enfants sont rois, la moitié se baladent tout nus, une glace dans la main, un Iphone huit dans l’autre. Adina, deux ans et demi, toute nue et recouverte de dessins de la tête aux pieds est très occupée à confectionner sa nouvelle œuvre d’art au stylo bic sur les murs du salon. La télévision tourne en boucle. Jusqu’à une heure du matin, ça hurle et ça court dans tous les sens. C’est un véritable spectacle, ils sont drôles et adorables, ils nous font un peu oublier nos petits malheurs.

La joyeuse fratrie

Le lendemain, on emménage. On comprend vite le prix imbattable de l’appartement que nous louons, il y a des chewing-gum collés un peu partout, sur le lit, la table… Tout est sale. Mais on est chez nous et on ne dépend de personne. On va pouvoir prendre le temps d’élaborer nos plans, de réfléchir un peu. On réserve une semaine.

Pendant cette semaine, une de nos amies, professeur d’anglais dans une école que nous avions visitée, nous invite à passer une journée dans son village natal, au Kirghizstan. Nous sommes à vingt kilomètres en voiture de la frontière. Nous partons à l’aube. Notre prof veut nous montrer la vraie vie d’un village Kirghize, loin, selon elle, de l’opulence Kazakh. Chauffage à fond, nez collé à la fenêtre, nous sommes éblouies par la neige qui recouvre les alentours. On sert les dents à défaut de boucler notre ceinture, poids inutile que le chauffeur a préféré retirer, certainement pour gagner en vitesse sur ces routes verglacées.

La neige du Kirghizstan

L’architecture diffère un peu du pays voisin, les maisons sont, pour la plupart, surmontées d’un joli toit en bois, parfois sculpté et peint. Ça change un peu des maisons grisâtres et un peu tristes du Kazakhstan.

Repas kirghize à la romaine

Le soir-même nous rentrons au Kazakhstan avec un nouveau tampon sur notre passeport, qui nous fait, du même coup, renouveler notre visa pour trente jours supplémentaires. Trente jours que l’on ne consommera pas puisque nous nous sommes enfin décidées sur la suite de notre voyage… nous retournons au Kirghizstan en début de semaine prochaine !

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