Du matin calme au soleil levant

Rhooo alors ces deux là hein !

Nous embarquons à bord du Camelia, navire de transport de passager, à 19h. Le bateau ne partira que quatre heures plus tard, mais le port ferme entre-temps… La traversée prendra toute la nuit. Nous dinons sur le pont, en observant le fourmillement des machines et des hommes sur le quai qui déplacent d’énormes contenaires comme des briques de Légo.

Dîner sur le pont
Dîner sur le pont

 

Lit japonais dans le bateau qui mène de Corée au Japon
Nos quartiers pour la nuit

Au petit matin, nous débarquons à Fukuoka, sur Kyushu, l’île la plus au Sud du Japon. Il fait beau et chaud, les cerisiers sont en fleurs, on pédale en tongs, il y a comme un air de vacances !
Le camping sauvage n’a jamais été aussi simple qu’au Japon, si on est à la campagne, un carré d’herbe fera l’affaire, si on est en ville, le parc en plein centre sera très confortable. Inutile d’être discrètes, nous ne dérangeons personne. Les seules interactions que nous avons sont des saluts amicaux des japonais ou de courtes discussions avec quelques curieux.

Depuis la Corée du Sud, nous sommes en contact avec Thomas, un français parti à vélo il y a deux ans. On arrive enfin à se retrouver à Hiroshima et on décide de faire un bout de route tous les trois. Avec Thomas nous avons le même rythme. On prends notre temps, on pédale peu, on cuisine beaucoup. Nous n’avions pas roulé avec un autre cyclo depuis bien longtemps et ça nous manquait. On adore discuter matériel et organisation. Thomas n’hésite pas à acheter plein (trop!) de nourriture quitte à avoir dix bons kilos en plus à porter. Mais au moins il s’amuse à cuisiner des plats vraiment appétissant. On l’imite et on se retrouve avec un kilo de farine, dix œufs, deux kilos de pâtes, un kilo de blé, deux litres d’huile… c’est plus lourd, mais plus besoin de faire des courses tous les deux jours !

Oui, les sacs de Thomas défient les lois de la gravité
Oui, les sacs de Thomas défient les lois de la gravité

 

On a mis de la pâte à pain dans les popotes, les popotes sur le feu, et on espère que ça fera effectivement du pain...
On a mis de la pâte à pain dans les popotes, les popotes sur le feu, et on espère que ça fera effectivement du pain…

Nous nous dirigeons vers Shikoku, une île vivement recommandée par plusieurs de nos contacts. Effectivement, elle vaut le détour. D’imposantes montagnes verdoyantes forment un canyon. Pour y accéder, nous passons un premier col un peu raide, puis nous profitons de trois jours de descente en pente douce sur la route qui longe la rivière. Pendant ces quelques jours dans les montagnes de Shikoku, nous traversons seulement quelques villages, loin de la vie dense et grouillante que je m’étais imaginée trouver au Japon.

Après deux semaines de grand beau temps, nous apercevons nos premiers nuages noirs. Il va falloir trouver un abri, le ciel est menaçant ! Thomas repère vite un parking souterrain sur un ‘michi no eki’ (sorte d’air de repos) à flan de canyon. On décide de poser nos tentes entre les voitures. On bénéficie d’un toit et on a une vue imprenable sur le canyon ! On a un peu peur de se faire sortir d’ici… mais les employés n’ont finalement pas l’air de s’occuper de nous. La nuit tombée, l’ambiance s’avère un peu glauque, mais on jette un coup d’œil dehors, il pleut toujours des cordes, et on se dit qu’on est tout de même mieux à l’intérieur !

Notre "camping souterrain avec vue"
Notre « camping souterrain avec vue »

Le lendemain, nos chemins se séparent, Thomas reste sur Shikoku pour profiter encore un peu des montagnes, nous quittons la vallée pour nous diriger vers Kyoto où nous retrouverons mes cousins venus passer leurs vacances au Japon.
Pour quitter Shikoku nous avons deux options : Prendre un bateau ou l’autoroute. Le bateau est payant et l’autoroute est interdite au vélo. On choisit l’option bonus, faire du stop ! Nous nous plaçons sur la bretelle d’accès de l’autoroute de la ville de Naruto, on espère trouver un camion qui se dirigera vers Kobé. Ensuite on pourra pédaler jusqu’à Kyoto. On a lu que faire du stop au Japon n’était pas une mince affaire, alors avec deux vélos… Mais nous sommes plutôt chanceuses, après quarante-cinq minutes, un camion frigorifique s’arrête ! On met les vélos au frais à l’arrière et on embarque ! Notre chauffeur va à Kyoto, superbe, nous aussi alors !

Le luxe du monte-charge

Nous passons deux jours à Kyoto avec mes cousins et en profitons pour nos prêter à un exercice rare : les visites. Promenade dans la ville, dans les parcs et parmi les temples, ça change et ça fait du bien !

Nous nous remettons en selle pour nous diriger vers Nara, cette ville est réputée pour abriter une grande population de daims qui circulent librement dans la ville. Notre hôte, Seiya, nous emmène les voir. La ville semble littéralement vivre du tourisme basé sur la présence de ces animaux ! Toutes les enseignes de commerces, les panneaux signalétiques, les affiches municipales, semblent parler d’eux.

Pédaler et camper au japon nous semble être d’une facilité déconcertante. Tout est calme, les voitures roulent lentement, peuvent attendre des kilomètres avant de nous doubler en toute sécurité. Nous trouvons de l’eau, des toilettes propres et même souvent des douches sur notre chemin ! Le seul point que nous trouvons à déplorer est la difficulté de rencontrer des locaux. Alors quand l’occasion se présente, on n’hésite pas une seconde. Un jour, vers 17h, nous faisons une petite pause dans un parc. Un vieux monsieur en survet’ basket’ casquette s’arrête à notre hauteur. On discute un peu avec lui puis il reprend sa marche. Comme la plupart des personnes âgées au Japon, Hisao, 83 ans, fait régulièrement des tours de parc en marchant d’un pas déterminé. Il repasse donc devant nous quelques minutes plus tard :
« J’habite à 8 minutes à pied d’ici, est-ce que vous voulez venir dîner à la maison ? »

Évidemment, on accepte. Hisao fait encore un tour de parc et nous lui emboitons le pas. Kemiko, sa femme, et Teruhito, leur petit-fils, nous attendent. Hisao et Kemiko ont beaucoup voyagé, Hisao a longtemps travaillé pour un grand groupe international, à l’époque il parlait couramment anglais, mais maintenant qu’il ne pratique plus, il oublie un peu, alors il est content que nous soyons là. Avec sa femme, ils ont acheté le manuel niveau 6ème d’anglais. Tous les jours, ils font une page du cahier ensemble. Ils ont déjà acheté le manuel niveau 5ème pour la suite. Kemiko et Hisao ont la pêche, ils passent leur temps à rire et ont une totale maîtrise de leur smartphone dernière génération !

Ce soir, Teruhito a réclamé des Okonomiaki
Ce soir, Teruhito a réclamé des Okonomiaki pour le dîner !

Quelques jours et une centaine de kilomètres plus tard, nous plantons la tente dans la zone industrielle du port d’Osaka. Le lendemain, nous prendrons le bateau direction Shanghai, en Chine !

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