Frontière Russe ! Deux minutes d’arrêt !

On remonte les vélos sur le quai de la gare de Moscou

Nous retrouvons Almaty avec émotion, verdoyante, méconnaissable pour nous qui l’avions découverte si grise l’hiver dernier.

Nous sommes accueillis par Igor, qui travaille dans une auberge de jeunesse, et offre de temps à autre, à des voyageurs de passage, une salle vide où dormir. Nous y posons nos matelas et nos affaires, et pouvons profiter des douches et de la cuisine ! Le tarif mensuel avantageux de l’auberge attire des étudiants et jeunes diplômés Kazakhs, ou des pays voisins, venus faire leurs études ou se lancer dans la vie active à Almaty. Avec un sud-coréen, nous sommes donc les seuls touristes ! Il règne dans l’auberge une joyeuse ambiance de grande coloc.

L'architecture très particulière de l'Asie Centrale nous avait manquée !
L’architecture très particulière de l’Asie Centrale nous avait manquée

Évidemment, nous ne sommes pas venus à Almaty dans l’unique but de se la couler douce, et dès le soir de notre arrivée, nous nous lançons dans la confection de notre dossier pour obtenir le visa de transit Russe. Bien que rodées à ce genre d’exercice, la soirée fut intense.

Enfin, le lendemain, à la première heure, notre dossier est déposé, et nous n’avons plus qu’à profiter de ce repos forcé pour partir à l’exploration des montagnes aux alentours.

On dirait une pub pour du yaourt bio tellement c'est joli
On dirait une pub pour du yaourt bio tellement c’est joli

 

ça rend bien la photo hein ?
ça rend bien la photo hein ?

 

Après une rude ascension, Anaïs prend une pose bien mérité
Après une rude ascension, Anaïs prend une pose bien méritée

Une semaine plus tard, nous obtenons notre visa et pouvons quitter Almaty. Nous avons prévu de prendre un premier train pour traverser le Kazakhstan jusque dans le Nord du pays, nous prendrons ensuite deux autres trains pour traverser la Russie puis l’Ukraine.

Un peu stressées par nos expériences précédentes incluant des vélos et des trains russes et kazakhs, nous arrivons à la gare avec trois bonnes heures d’avance, huit mètres de sac plastique et deux rouleaux de scotch. On s’attend à ce que le personnel nous intime de démonter et d’emballer nos vélos. Finalement… il n’en est rien. Les cheminots semblent à peine préoccupés par nos vélos. Seuls le pneu de rechange que je trimballe à l’arrière de mon porte-bagage semble les inquiéter plus que de raison. Lorsque je l’enlève du vélo pour le leur montrer de plus près ils semblent soudainement très soulagés et nous assurent que tout ira bien. Et ils ont raison. Nous montons nous-même nos vélos entre deux wagons ou sur les rack à bagages, et tout se passe comme sur des roulettes !

A bord du train
Derrière cette porte, la jungle du train !

Nous arrivons à la gare de Petropavl, ville frontalière avec la Russie, vers minuit. Puis nous pédalons jusque chez Yakov, qui nous accueille pour les trois jours suivants. Yakov est un immense russe, une véritable armoire à glace qui semble tellement heureux de nous accueillir qu’il nous hurle, de son énorme voix un joyeux : « MY WIFE IS SLEEPING BUT WE CAN HAVE A TALK AND DRINK TEA ! ». Bon il est une heure du matin mais pourquoi pas !
Yakov mange peu, dort peu et passe son temps dehors, à courir, pédaler ou nager dans la rivière près de chez lui.

Du coup, on y coupe pas, le lendemain, c'est 10 km de course !
Du coup, on y coupe pas, le lendemain, c’est 10 km de course !

 

Avec Yakov et ses parents
Puis déjeuner chez ses parents

Nous passons l’après-midi dans l’école d’anglais d’une de ses amies. Les enfants de la première classe, de 10 à 13 ans sont très curieux et nous posent plein de questions sur nos pays. Les plus âgés, 16 à 20 ans, nous parlent de ce qui les rend heureux, ce qui compte le plus dans leur vie…

Le lendemain, Yakov nous invite dans le jardin de ses parents, situés à quelques kilomètres de la ville. C’est un grand potager avec une petite maison et un sauna. On retrouve avec joie les bains kazakhs, même si l’expérience nous avait parue encore plus agréable en hiver !
Nous discutons ensuite avec sa maman, ancienne liseuse de bonne aventure professionnelle. Elle n’a pas perdu la main et nous propose de tirer les cartes pour nous. C’est l’occasion d’en apprendre un peu plus sur notre avenir, Jess et Stefan devraient donc très rapidement se mettre à la conception de leur premier enfant, leur couple est dans une très bonne période cette année ! Elsa va avoir un neveu avant la fin de l’année, quant à moi, je vais trouver un travail très bien payé avec des collègues fort sympathiques dès notre retour en France !

Jess découvre son avenir
Jess découvre son avenir

Nous prenons un nouveau train pour nous diriger vers Moscou. Encore une fois, nous embarquons nos quatre vélos avec une facilité déconcertante ! Peut être sommes-nous un peu mieux préparés. A aucun moment nous n’émettons un avis contraire à celui de la cheffe de wagon. Spécimen que nous commençons d’ailleurs à cerner après tant d’expériences à bord des trains russes et kazakhs. Les provodnitsa, puisque c’est leur titre, commencent jeunes, sveltes et blondes. De toutes ces années passées à bord de ces trains pas toujours très propres ni très confortables, elles ne garderont de leur premier pas que la blondeur et leur chemisier désormais trop cintré. Les années à réprimander les fumeurs clandestins, à supporter des enfants survoltés et tenir des horaires de travail harassants les font gonfler, tant physiquement que moralement. Et si un passager avait le malheur de contrarier la créature qu’elle est alors devenue, il risquait de recevoir, en plus d’un chapelet d’injure, un de ces boutons de chemisier qui menace d’exploser à tout moment. Lorsque notre provodnitsa donc, visiblement arrivée au stade final de son évolution, nous fit signe de plier nos vélos, au lieu de lever les bras au ciel en tentant de démontrer l’absurdité de sa demande, nous nous fendons d’un grand sourire, enlevons les pédales, la roue avant et tournons le guidon dans l’axe du cadre. Hop, le vélo fait quasi la même taille, l’opération nous prend deux minutes et le bull dog qui sommeille en notre invariable camarade de voyage ne bronche pas.

Quelques temps après le départ du train, nous nous arrêtons. C’est le passage de la frontière. Allongés sur nos couchettes, on grignote des pipas pendant que les douaniers inspectent minutieusement nos visas. Jamais un passage de frontière n’a été aussi doux !

Moscou, cinq heures du matin. L’immense capitale est entièrement vide. Nous passons par la place rouge et profitons pleinement des grandes avenues doucement éclairées par l’agréable lueur du matin, rien que pour nous.

Moscou est à nous !
Moscou est a nous !

 

Echantillon moscovite
Échantillon moscovite

Plus tard dans la journée, les rues se remplissent. Nous croisons des supporters venus des quatre coins du monde pour encourager leurs équipes. La coupe du monde du football n’a pas encore commencée, mais tous se déplacent en groupe, le maillot de leur équipe sur le dos. Après avoir débarqué, sans le faire exprès, en Corée du Sud lors de l’ouverture des JO d’hiver, nous voici à Moscou à la veille de la coupe du monde du football ! La cérémonie d’ouverture est le 15 juin, nous avons pris soin de réserver nos billets de train pour la veille, et nous quittons la Russie avant le début des festivités.

Les trains russes sont les plus modernes. Construits sur le même modèle, les trains Kazakhs sont un peu plus vieillots, un peu moins classes. Mais ce sont les trains Ukrainiens qui remportent la palme des trains les moins confortables (attention, les trains chinois étant hors catégorie, ils ne sont pas pris en compte dans ce classement totalement subjectif). Pas de climatisation, les fenêtres ne s’ouvrent pas, l’odeur de chaussettes fatiguées est omniprésente et on ne s’y habitue pas. Mais enfin ça reste des wagons aux couchettes moelleuses, et s’endormir en étant bercé par le roulis du train est un sentiment merveilleux que l’on partage tous ! Un sentiment un peu moins merveilleux est celui de se faire secouer sans ménagement par la cheffe de wagon, à une heure du matin, qui tient à ce que tous ses passagers soient au garde à vous pour le grand défilement des douaniers. Nous approchons de la frontière ce qui a pour effet de mettre notre provadnitsa dans un état d’agitation totale. Et certainement plus par catharsis que par devoir professionnel, elle communique volontiers sont état à grand renfort de secouage et de « Passeport ! Passeport ! ». Seuls nous quatre nous rendormons aussitôt, le passeport à la main, le train roule encore, on peut bien grappiller encore quelques minutes de sommeil non ? Non ! « Passeport ! Passeport ! » Ha cette fois ce sont nos voisins de couchettes qui s’y mettent, paniqués à l’idée que nous ne tendrions pas notre passeport à temps ! Finalement le train s’arrête, les portes s’ouvrent, la valse des douaniers, des militaires et des chiens commence. Tout se passe sans encombre, on accuse cependant un très léger retard, certainement dû à la présence de trois françaises et d’un allemand qui nécessite un examen approfondi des documents d’identités

Cet épisode, plutôt agréable si on considère l’avantage de passer une frontière confortablement installés dans un lit, ne dura que quelques minutes, ajoutez-y quelques vingt-sept heures de trajet et nous voilà arrivés à Lviv, en Ukraine, à une centaine de kilomètre de la frontière Polonaise. Je m’attendais à découvrir une ville au style un peu communiste, des bâtiments carrés et gris. Il n’en est rien ! Lviv est une ancienne ville polonaise, tout en briques, des jolies rues pavées (charmantes, mais un cauchemar pour y pédaler avec un vélo chargé !). Les gens sortent le soir, prennent des bières en terrasse, en tong et en short. Nous voilà de retour en Europe et il flotte un air de vacances d’été !

7 Replies to “Frontière Russe ! Deux minutes d’arrêt !”

  1. Philippe VINCENT dit : Répondre

    De la manière que vous racontez ça, je ris beaucoup. Votre recit est vraiment très agréable à lire.

  2. toujours aussi super !

  3. Bravo et bon courage pour l’automne qui arrive …

    1. Merci Olivier ! L’automne se passera au chaud et au sec, on est de retour en France et on a mis les vélos au repos 🙂

      1. Bon repos alors et profitez bien de vos familles.

  4. Salut les asticots ! Alors ce voyage est terminé ? J’ai adoré vous suivre en tout cas, supers récits et supers photos… mention spéciale pour les pages mode, bien sûr ! Bonne réacclimatation

  5. Oh c’est déjà fini vos aventures ? J’ai adoré suivre votre blog… Mention spéciale aux pages look, bien entendu ! Bonne réacclimatation (ou nouveau départ, c’est selon !)

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