Gamarjoba !

5h30. Réveil dans le bus. Nous sommes arrivées à la frontière entre la Turquie et la Géorgie. Des passagers sont déjà en train de sortir toutes nos affaires lorsque nous descendons du bus. Des voitures, camions, motos et bus partout. Nos vélos démontés et nos affaires éparpillées en plein milieu de la route. A peine réveillées, nous entreprenons de remonter nos vélos. Ha non. Mauvaise idée, nous bloquons le passage ! On déménage, direction le bas côté.

Nous passons la frontière sans encombre supplémentaire, et à 7h30 (heure géorgienne) nous sommes à Batumi, au bords de la mer noire. Batumi est une drôle de ville. Des bâtiments, qui se veulent certainement ultra-modernes, poussent dans tous les sens et tentent de faire de l’ombre aux vieux immeubles. Et les vieux immeubles s’affaissent, s’écroulent et font profil bas. Un peu grisâtres mais bon vivants, ces derniers combinent habilement toutes sortes de matériaux, tôle, béton, briques, bois… et sont reliés entre eux par un formidable maillage de fils à linge laissant entrevoir aux passants les tendances vestimentaires du moment.

Les immeubles de Batumi

 

Batumi

Nous longeons la côte par la seule route possible : coincée entre la montagne et la mer, étroite et très passante. L’assourdissant vrombissement des voitures et camions qui nous doublent, en flux continu, à quelques centimètres de nos sacoches, est moralement épuisant. Ici les voitures prennent un malin plaisir à s’annoncer d’un formidable coup de klaxon au moment où elles sont en train de nous dépasser. J’ai beau y être préparée, je suis tellement tendue sur ce genre de route que j’en sursaute à chaque fois. Nous ferons autant de pause que de kilomètres ce jour-là, soit une quarantaine. Nous allons vite nous rafraîchir dans la mer et dans la bière : un verre, sous le soleil de fin de journée, les cheveux salés, nous font vite oublier les difficultés de la route !

Pour trouver un endroit où dormir, nous abordons mamie devant sa maison “Gamarjoba ! On peut passer la nuit dans votre jardin ?” Haussement des épaules, hochement de la tête, ouverture du portail. Mamie fait la tête toute la soirée, mais nous arriverons tout de même à lui faire décrocher un sourire lorsque nous partons le lendemain matin ! Victoire ! A moins qu’elle ne soit juste contente de nous voir partir ?

Nous nous éloignons de la mer. Nous pédalons à travers des collines, dans une végétation très dense et humide. Il fait frais à l’ombre des grands eucalyptus qui bordent la route, le trafic est moins dense, nous renouons avec les joies du cyclisme.

Les routes de Géorgie sont bordées de vaches, qui viennent parfois s’allonger sur le goudron brûlant, et de cochons qui se prélassent dans la boue du caniveau.

Deux jours et une nuit dans une église plus tard, nous arrivons chez Vitalik. Vitalik est russe, installé en Géorgie depuis quelques années, il exporte du vin et autres produits locaux en Russie. Pendant les deux premiers jours chez lui, notre hôte reste enfermé dans sa chambre, n’en sort que pour se cuisiner des soupes aux herbes dans des petits bols en terre cuite so fengshui. Nous posons notre tente sur la terrasse, à côté de celle de Maxim. Cet ukrainien vit ici depuis deux mois. Il repartira certainement avant l’hiver.

On essaye de déchiffrer l’alphabet spaghetti…

Nous avions convenu par message avec Vitalik que nous ferions un peu de jardinage en échange d’un emplacement pour notre tente pour quelques jours. Le jardin est une vaste jungle laissée à l’abandon. On coupe, on débroussaille, on bêche, on plante et on transplante !

ça bêche !

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