La gentillesse des turcs

Turquie

Du 22.06.2017 au 07.07.2017. Turquie

La frontière turque marque notre première frontière hors de l’Europe. Nous devons sortir notre passeport 5 fois : une fois pour sortir de Grèce et 4 fois pour rentrer en Turquie. Heureusement nous n’avons pas à attendre trop longtemps sous le soleil brûlant, le douanier nous trouve assez dingue de venir de France à vélo pour nous faire doubler tout le monde.

Nous traversons maintenant des rizières. Le riz, ça pousse dans une eau stagnante, et avec cette chaleur, les champs situés de part et d’autre de la route nous renvoient une chaleur moite digne des meilleurs saunas. A chaque village, on trouve un coin d’ombre et on s’arrête. On ne reste jamais très longtemps dans notre coin, systématiquement quelqu’un vient nous proposer de nous asseoir à une terrasse avec un thé brûlant et très sucré. Et lorsqu’on n’arrive pas à se comprendre, on se retrouve avec la totale, dans le doute ils nous apportent à manger, à boire, thé glacé et thé chaud !

Le premier soir, nous arrivons dans un village. On s’arrête, on regarde autour de nous, est-ce qu’on va planter la tente en plein milieu sur ce carré d’herbe ? On n’a pas le temps de beaucoup réfléchir, une dizaine d’hommes nous encerclent vite. Ils ont à peu près notre âge, ou un peu plus jeune. Dans ces petits villages, on ne voit jamais de femmes, seuls les hommes sortent. Je ne suis pas très à l’aise. Depuis quelques temps, le groupe s’est séparé et nous voyageons à deux, avec Elsa. (Rien de grave, nous ne sommes pas fâchés, on avait juste besoin de voyager autrement). Donc nous sommes plus que deux filles. On leur explique qu’on cherche un endroit où dormir, et aussitôt ils nous emmènent quelques kilomètres après la sortie du village, dans une sorte de camping désaffecté. Ambiance glauque, des vieux bâtiments, des déchets partout et des chiens errants en piteux état. Mon malaise grandit. Kaan, qui semble être le chef de la bande, est pourtant très gentil. Il fait tout pour qu’on se sente à l’aise. Il nous donne son numéro de téléphone, celui de la police locale et nous laisse en précisant qu’il reviendra dans quelques heures voir si tout va bien. On est fatiguées, il a fait très chaud et on s’est levées tôt ce matin. On monte rapidement la tente. Kaan revient avec ses amis, ils nous apportent de la nourriture et de l’eau. Cool on était à sec ! Il s’inquiète de savoir si on veut autre chose, si on a pas peur d’être ici.  Puis il repart tout en insistant bien sur le fait qu’on peut l’appeler à tout moment. C’est la première fois qu’on se sent aussi “surprotégée” par des inconnus, et cette situation me met encore plus mal à l’aise. D’habitude on monte la tente sans trop se poser de questions sur d’éventuels dangers, et la fatigue prend de toutes façons vite le dessus. Bref je suis stressée, mais j’arrive à dormir un peu quand… BANG ! Je suis réveillée en sursaut par un coup de feu. Les tireurs ne doivent pas être loin, on entend des voix et de la musique à deux pas de la tente. Puis d’autres coups de feu suivent… Bon là j’ai vraiment peur. J’appelle Kaan. Deux minutes plus tard il arrive “What is the situation ?” On est un peu gênées, mais on lui explique. Il va parler aux gens et revient “Tout va bien,  ils tirent juste en l’air pour s’amuser, vous ne risquez rien”. Ah bon. Le reste de la nuit, notre camping désaffecté fut le théâtre d’une formidable activité : des bruits de ferraille, de tôle ou d’objets lourds qui tombent, des coups de feu, des voitures qui éclairent la tente plein phare. Je garde mon téléphone avec le numéro de Kaan pas loin, je dors à peine. Finalement, la lumière du jour balaye notre stress nocturne. Nous nous éloignons quand même vite de cet endroit, sous le regard effrayant du vieux gardien. Il restera planté sur la route jusqu’à devenir un petit point dans mon rétroviseur.

Mais on ne pédale pas très longtemps, à 10h30 il fait 41°C. Incapables de continuer, nous faisons une pause et sirotons un thé en compagnie de tous les habitants du village dans lequel nous nous sommes arrêtées. On y restera toute la journée. De toute façon il fait trop chaud pour faire quoique ce soit et notre table au bar est sans cesse alimentée par les clients qui doivent penser qu’on ne s’est pas nourries depuis des années. Le soir, l’un d’entre eux nous propose de dormir chez lui. Il vit avec ses parents, sa femme et son fils dans une petite maison remplie de tapis. On mange (encore !). Ambiance familiale et confortable. La grand-mère explose de rire à chaque fois qu’on ne comprend pas quelque chose, ce qui signifie qu’elle est en fou-rire quasi-continu. On dort dans de vrais lits, on rattrape notre manque de sommeil.

Quelques jours plus tard, nous sommes attendus chez Mélih à Çorlu. Il a 25 ans, il a déjà fait un long voyage à vélo.  Six mois par -10°C. “On est obligé de pédaler avec des masques de ski, sinon le blanc de l’oeil gèle c’est pas très agréable”.  Et nous qui sommes arrivées en nous plaignant de la chaleur de ses quelques derniers jours… oups ! Ça fait désormais trois mois qu’il a ouvert son atelier de réparation de vélo et vente de matériel cycliste en ligne. Il a une commande toutes les demi-heure par internet. Son atelier est situé au rez de chaussé d’un immeuble en construction dans un quartier résidentiel à la limite du périphérique de la ville. Nous ne croisons aucun client si ce n’est un gamin qui vient faire gonfler ses pneus. Mélih peut donc passer ses journées à son atelier à jouer à des jeux en ligne en surveillant du coin de l’oeil les commandes passées par les internautes. Quand il ne joue pas, il accueille des cyclistes comme nous à qui il propose un check-up complet du vélo ! On repart chaîne rutilante et câbles tendus.

 

En Turquie nous ne restons jamais seules très longtemps - Ici on tente d’expliquer notre parcours
En Turquie nous ne restons jamais seules très longtemps – Ici on tente d’expliquer notre parcours

 

Pause déj avec les fermiers
Pause déj avec les fermiers

 

Pause café avec des motards rencontrés sur une priorité à droite
Pause café avec des motards rencontrés sur une priorité à droite

 

Pause dîner avec des amis de Mélih, rencontré la veille
Pause dîner avec des amis de Mélih, rencontré la veille

 

Pour parcourir les derniers kilomètres qui nous sépare d’Istanbul, nous aurons besoin de toute la journée et tout notre sang froid. Nous sommes les seules à vélo et paraissons invisibles aux yeux des automobilistes. On nous avait pourtant prévenu…pour les prochaines grosses villes, nous sommes prêtes à faire une petite entorse au budget et prendre un bus pour les traverser.

Les mosquées sont des bulles de savon qui débordent de la ville
Les mosquées sont des bulles de savon qui débordent de la ville

 

On ne partira pas avant d’avoir testé les spécialités locales !
On ne partira pas avant d’avoir testé les spécialités locales !

 

Visite de la mosquée bleue
Visite de la mosquée bleue

 

Istanbul, les portes de l’Asie, marque la fin de la première partie du voyage. Il est temps pour nous de prendre une petite pause avant de repartir vers ce nouveau continent. Rendez-vous dans un mois pour la suite !

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