La Corée du Sud, le pastis et le chant des cigales

Pause dans la cote

Enfin à Vladivostok ! Nous sommes attendues par Envgenii, un jeune professeur de géographie qui nous loge dans son petit appartement pour les deux prochains jours. Envgenii voyage beaucoup, il a déjà traversé la Russie de Vladivostok jusqu’à Saint-Pétersbourg sur un fixie, un vélo à une seule vitesse ! Il a aussi été au Japon et en Corée du Sud. Pour animer ses cours, il partage son expérience et celles des voyageurs qu’il héberge à ses élèves. On parle beaucoup de voyage, un peu de la Russie, de politique et de propagande… Il nous laisse les clés de son appartement lorsqu’il part travailler, on est comme des coqs en pâte !

Vladivostok est une ville plutôt récente. Très différente de ce que nous avons vu à Irkoutsk. Le port accueille de gros navires marchands et une impressionnante flotte militaire. Plus haut, sur la colline qui surplombe la ville, on trouve de jolies églises orthodoxes coiffées de crème chantilly.

Gros groooos bateau
Gros groooos bateau

 

La crème Chantilly

Nous allons acheter nos billets de ferry au port, l’échange de nos roubles contre notre ticket se fait dans un calme et une sérénité tels qu’on croit rêver. Le lendemain, à dix-sept heures, nous sommes à bord du Eastern Dream, navire de transport passager faisant la navette une fois par semaine entre Vladivostok et Donghae, en Corée du Sud. Notre cabine est un dortoir d’environ quatre-vingt places. Nous avons accès à une discothèque, où seuls quelques couples des cabines première classe dansent à petit pas sur une sorte de jazz, un sauna et un restaurant. En fait, quand on est à l’intérieur du bateau, on a plutôt l’impression d’être dans une centre commercial dont le sol à une fâcheuse tendance à pencher. Tous l’extérieur du bateau est recouvert d’une épaisse couche de glace, comme s’il était passé à travers une tempête de neige avant d’arriver au port.

Bye bye Vladivostok
Bye bye Vladivostok

Parmi les passagers, nous notons un bon nombre de russes qui forcent encore un peu trop sur la bouteille et quelques touristes qui se rendent en Corée du Sud pour les Jeux Olympiques d’hiver. Ha mais oui c’est vrai ! Dans trois jours, ce sera le début des JO d’hiver ! Et nous qui nous disions bêtement « Chouette, dans Corée du Sud, il y a « Sud », donc il fera plus chaud et on pourra pédaler tranquillou ! »

On avait pas complètement tord, certes il fait froid, mais on pédale tranquillou. La Corée du Sud est aussi recouverte de pistes cyclables que la France l’est de camembert, ce qui en fait un véritable petit paradis pour cyclistes ! Et comme les coréens ne font pas les choses à moitié, nous trouvons régulièrement des toilettes publics et des abris pour planter la tente. Je me rends compte en écrivant ces lignes que ces abris ont certainement une autre utilité, mais de notre point de vue, c’est un toit supplémentaire pour notre tente.

Trop heureuses de reprendre la route !
Trop heureuses de reprendre la route !

Les coréens sont très accueillants, bien qu’un peu plus réservés que nos amis kazakhs. Nos différents hôtes nous font découvrir leur ville et la délicieuse cuisine coréenne !

Team Nutella vs Team confiture
Chez Jenny, Jaime et Harry, on fait des crêpes pour le dessert : Team Chocolat vs Team confiture

Pour rejoindre Séoul depuis la côte, nous devons passer par Yongpyong, une ville qui accueille les Jeux Olympiques ! Alors que nous nous étions résolues à dormir sous notre tente par des températures un peu fraîches, on reçoit un message : des collègues du frère d’une amie d’Elsa peuvent nous loger ! Ce sont des gentils gens venus travailler pour les JO,  ils ont de la place, on s’installe. Et comme, nous non plus, on aime pas faire les choses à moitié, on squatte leur appartement pour trois jours au lieu d’un.

Soirée crêpes avec les copains
Soirée crêpes et pastis avec les copains

Nous sommes au pied des pistes et à dix minutes de bus des épreuves olympiques. Nous sommes à la fois complètement surexcitées d’être au milieu de ce qui nous semble alors être un évènement mondial, alors que nous étions pas au courant de son existence une semaine plus tôt, et à la fois un peu déçues lorsqu’on se rend compte que nous sommes plongées dans un monde aussi éphémère qu’artificiel. La neige est croustillante et recouvre seulement quelques pistes, les bâtiments seront démontés dans quelques semaines, d’autres seront abandonnés. Les quelques coréens avec qui nous discutons sont un peu inquiets pour leur montagne.

Le troisième jour, nous reprenons la route. Notre prochain hôte nous attend à une bonne centaine de kilomètre de là, soit le double de ce que nous, adeptes de la lenteur que nous sommes, avons l’habitude de parcourir. Ce jour là, il fait moins dix degrés lorsque nous enfourchons nos vélos. Aïe, ça ne va pas être une partie de rigolade. Et vlan ! pour nous mettre un peu plus dans l’ambiance, de violentes bourrasques nous soufflent dans le nez. Cette journée, la plupart des épreuves olympiques ont été annulées pour cause de vent violent, sauf l’épreuve « vélo versus vent ». Alors on continue. Même dans les descentes, nous devons pousser sur les pédales. C’est très vite infernal. Nous sommes parties à neuf heures, une heure et demi plus tard, nous sommes quinze kilomètres plus loin, épuisées et frigorifiées.

Tentatives, vaine, de réchauffement dans l'abris-bus
Tentative de réchauffement à l’abri du vent

Nous visons un village en espérant trouver un café pour reprendre des forces. Zut, il y a seulement des maisons. Tant pis, on va sonner aux portes pour demander un thé chaud, on est incapables de continuer dans notre état. On trouve une porte, on sonne.
– « Bonjour, on fait du vélo et… »
– « Hello ! ça vous dit de partager le petit-déjeuner avec nous ? »

Et hop, sans qu’on nous ai demandé quoique ce soit, nous voilà attablées avec une vingtaine de russes autour d’un petit déj du tonnerre. Œufs, bacon, céréales, thé, café…. Au fur et à mesure que l’on mange on se réchauffe doucement. Mais on garde nos manteaux longtemps alors que tous les autres autour sont en pyjama et ne semblent pas souffrir du froid. Nous avons en fait sonné à une paroisse, tous ces russes sont des missionnaires venus prêcher la bonne parole. Ils voient en nous deux brebis égarées et congelées qu’une action divine aurait poussé vers leur porte. Pendant qu’on engloutit ce petit déjeuner, un grand gaillard nous raconte donc la bible en Russe, un autre traduit en anglais et un dernier vient régulièrement dire au grand gaillard « mais laisse enfin, tu les embêtes ! » puis se tournant vers nous « je suis désolé, mon ami vous embête ! ». Mais il ne nous embête pas, nous écoutons sagement son interprétation de la bible, qu’il ne semble pas chercher à nous imposer. On est trop heureuses de se réchauffer. Ce genre de rencontres, sorties de nulle part, au moment même où on est au bout du rouleau, c’est peut être ce qui nous manquait le plus lors de nos trois mois sans faire de vélo. Leur gentillesse et leur chaleureux accueil sont le moteur de notre voyage. Nous les quittons une heure après. Il est désormais bien tard pour parcourir la distance qui nous sépare de notre hôte avant la tombée de la nuit mais on a désormais une patate d’enfer !

2 Replies to “La Corée du Sud, le pastis et le chant des cigales”

  1. Mais vous n’allez pas nous laisser sur ce suspense épouvantable, c’est pas humain !

  2. La suite ! la suite !!

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