La maison de Chantal

Photo de famille

Du 23.03.2017 au 24.03.2017. de Versaugues à Roanne

Cette fois nous sommes attendus chez Chantal. En arrivant on a le droit à deux grosses bises qui claquent “et c’est pas parce que j’ai des cheveux blancs que vous allez me vouvoyer”. Retraitée, hyper-active, elle retape sa maison seule…et c’est impressionnant, tout est beau et original. Dans les toilettes, une grande fenêtre donne sur l’enclos des chèvres qui nous regardent alors de leurs yeux bizarres (on ne dira plus d’ailleurs “on va aux toilettes”, “on va voir les biquettes” c’est plus classe). Dans la cuisine les placards et tiroirs s’ouvrent dans tous les sens. Les poignées sont des racines ou ces gros champignons qui poussent sur les arbres. Dans le jardin il y a un arbre peint de toute les couleurs…enfin j’ai pris des photos, impossible de tout décrire.

Un autre cyclo-randonneur, qui vient de Lyon, dort aussi ici. Il est logé dans une caravane, et nous dans un petit chalet qu’elle a construit dans le jardin.

On se sent tellement bien chez Chantal ! Françoise – sa compagne, de passage – plus discrète, est aux petits soins avec nous. On rigole beaucoup, on mange bien, on s’émerveille de cette maison musée dans laquelle il y a toujours quelque chose à découvrir.

Le chalet dans lequel nous avons dormi

 

Il y a plein de petits détails rigolos
Il y a plein de petits détails rigolos
 

Chantal nous montre l’album photo des précédents cyclo-randonneurs qui sont passés
Chantal nous montre l’album photo des précédents cyclo-randonneurs qui sont passés

 

Le lendemain matin, j’émerge la première. A la table du petit déjeuner il y a Françoise, elle se penche vers moi :

– Tu n’es pas du genre à parler le matin toi ?

D’habitude si, mais là je suis en train de réfléchir : les toilettes ou le jardin ?

Chantal débarque

– Non mais regarde, elle a une sale tronche

Bon. J’ai l’habitude qu’on me dise ça le matin, mais là ça doit être pire que d’habitude. Je me suis décidée, ce sera le jardin. Je sors en courant.

Je reviens 10 min plus tard. Chantal :

– T’as dégueulé ?

Affirmatif.

Les autres arrivent, on fait durer un peu le petit déjeuner, on profite encore. Chantal nous propose de rester, histoire de laisser passer l’averse qui s’annonce et que je reprenne des couleurs. Mais on décide de partir quand même (qu’on est bête !)

Nous chargeons les vélos sous une pluie battante. Un vent se lève…zut il vient du sud…

Françoise soudain m’attrape par le bras et me dit tout bas “ho nooon il reste !” Elle parle de l’autre cyclo-randonneur qu’elle a pris en grippe. Elle ne l’aime pas, menace Chantal de partir s’il reste trop longtemps.

Depuis qu’elle a lu un livre sur la Tasmanie, Françoise rêve d’y aller. Elle nous fait promettre d’envoyer une carte postale si on y passe, nous donne un peu de sous pour la suite du voyage…on est tout gêné devant sa gentillesse. Le départ est difficile, on fait des photos, on se promet de repasser, d’envoyer des cartes postales.

Photo d’au revoir. Yoann, Françoise, Chantal, moi, Gaël, Marion et Griotte
Photo d’au revoir. Yoann, Françoise, Chantal, moi, Gaël, Marion et Griotte

 

Il pleut des cordes maintenant, vent de face. Étriqués dans nos k-way, on pédale. On est aux anges, encore tout émoustillé de cette rencontre. Et mort de rire en repensant à Françoise essayant de se débarrasser de l’autre cyclo-randonneur : “Il faut partir, regarde les ptits jeunes ils pédalent eux. T’es pas un vrai cycliste toi !”

Et justement…après 2 km une voiture nous double…Chantal au volant, l’autre cyclo-randonneur côté passager. Ils nous font des signes. C’est pas possible ! Elle se débarrasse vraiment de lui ?

20 min plus tard on recroise la voiture en sens inverse, qui s’arrête cette fois. Chantal est seule dans la voiture, je demande

– Mais qu’est ce que tu en as fait?

– Bah je l’ai largué pour la journée, il rentre quand même ce soir et Françoise me fait la gueule ! Allez, ne vous arrêtez pas trop longtemps, bisous bisous les chéris !

On se fait maintenant plus silencieux au fur et à mesure que le froid s’immisce dans nos k-way. Pause déjeuner. Pique-nique dans un supermarché. Je ne peux rien avaler. Trop mal au ventre. On ne sait pas où dormir ce soir. D’après la météo les averses vont durer jusqu’à demain soir. Si on ne trouve rien ce sera camping sauvage et marécage.

On reprend la route. Déluge glacial. Je n’ai plus de jus dans les pattes, je traîne loin derrière. Le moral dans les chaussettes et les chaussettes trempées. Les autres n’en mènent pas large non plus.

On décide de s’arrêter plus tôt que prévu, soit à Roanne. On appelle Aurélia, contact donné par Chantal…Elle peut nous héberger ! Le moral remonte…un peu. Allez ! Il reste 20 km…interminable.

On arrive trempés, frigorifiés. Aurélia a 26 ans, c’est une artiste, elle sait tout faire : peinture, photo, elle écrit, elle expose, sculpte, joue de la musique…on visite son atelier, c’est passionnant. Ha et puis elle a pédalé de Roanne jusqu’en Islande, seule.

Les chaussettes s’égouttent sur le radiateur et le moral continue à remonter doucement.

Je pars me coucher. Une pile de couverture, le chauffage à fond, mais je grelotte !

Allo maman bobo ? Un doliprane et au dodo.

Le lendemain je n’arrive toujours pas à manger et…il pleut. Les autres ne sont pas très motivés pour bouger non plus. Aurélia nous propose de rester jusqu’à demain matin…cette fois, nous avons la présence d’esprit d’accepter !

Nous avons une salle pour nous tout seul, papier peint vieillot et moquette assortie. Des matelas, des couvertures et oreillers. On est au chaud, on est bien. Aurélia vient prendre des nouvelles, ouvre la porte, explose de rire, repart en lançant “il faut que je prenne une photo !”. On se regarde, c’est vrai qu’on dirait un squat !

 

Squat chez Aurélia
Squat chez Aurélia

 

Oh et surprise ! On a reçu un mail de Françoise qui s’inquiète de l’état de ses “cyclo-canards”!

Le lendemain matin le départ est prévu à 9h…mais je n’ai rien avalé depuis deux jours, je me sens incapable de remonter sur mon vélo. Je reste sous la couette. Les garçons partent. Marion joue les garde-malade, on prendra un train pour rejoindre Lyon.

La convalescence a du bon, j’ai pu écrire ce post. On reste deux jours à Lyon chez les parents de Gaël. Pour moi ça sera sous la couette. Départ prévu mardi prochain, et normalement, sous le soleil !

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