Le club des 5 en Arménie

Nous restons 3 jours à Tbilissi dans une auberge de jeunesse. Première nuit, réveil au chaud, sous une couette. Le bruit des gouttières qui dégoulinent de pluie rendent l’expérience encore plus confortable !

Nous visitons la ville rapidement, la grande cathédrale, le marché aux puces, les bains de sources chaudes. On en profite pour prendre un verre avec Gauthier, ce français voyage aussi à vélo. Le courant passe bien, il décide de se greffer à notre groupe !

Avant de nous diriger vers l’Azerbaïdjan, nous faisons un détour vers l’Arménie. Nous sommes obligés d’y faire une boucle car les seules frontières ouvertes sont celles avec la Géorgie et l’Iran. Nous n’avons pas le visa iranien, il faudra donc que nous repassions par la Géorgie. Le matin du départ, malgrè les gouttières qui dégoulinent toujours de pluie, le  moral est à son maximum, nous partons pour un nouveau pays en convoi de 5 vélos !

C’est parti !

Nous posons nos tentes à une vingtaine de kilomètre de la frontière. Dorothéa et Piotrick, un couple allemand et polonais se sont joints à nous. Ils vont dans la direction opposée, mais nous passerons la soirée ensemble autour du feu de camp…jusqu’à ce que la pluie sonne l’heure du coucher.

On a trouvé un super lieu de campement juste après cette flaque !

A la frontière, la milice arménienne arbore un drôle d’uniforme. Tout en kaki, hautes bottes noires et énorme champignon en guise de képi. Ils doivent être conscients de leur dégaine puisque ils nous interdisent de les prendre en photo.

Le brouillard s’installe

Désormais nous avons une vue époustouflante sur un épais brouillard. La pluie continue de nous arroser. L’eau pénètre doucement à travers nos k-way. Dans les côtes nous nous transformons en cocotte minute, dans les descentes nous sommes congelés. Le brouillard est tellement épais qu’on ne s’aperçoit pas les uns les autres. Je vois de temps en temps la loupiotte rouge de Gauthier devant moi et j’entends Cédric qui continue de chanter à tue-tête.

Le brouillard s’est installé

En général, nous n’avons que rarement recours à l’hôtel. Mais poussées par la pluie et le reste du groupe, nous craquons. Par ce temps, c’est tout de même plus simple, et il faut l’avouer, plus confortable, de faire une petite entorse à nos habitudes. Ce soir nous dormons donc dans une chambre, que nous transformons vite en radeau de naufrage en y faisant sécher toutes nos affaires, tentes comprises. La femme de ménage fait des aller-retour dans le couloir en jetans des coups d’oeils aussi discrets qu’inquiets à notre porte entrouverte.

La soirée est animée, nous dinons avec un couple d’allemands rencontrés dans l’hôtel. Ils projettent un tour du monde à vélo l’année prochaine et veulent nous poser des questions. On se rend en fait vite compte que ce sont eux qui ont tout à nous apprendre. A 60 ans, ces invétérés du camping s’y connaissent bien mieux que nous. Petit différent générationnel, les inquiétudes de leurs enfants sont les mêmes que celles de nos parents !

Le lendemain, 3 octobre, fut déclaré a posteriori Journée du Grand N’importe Quoi. La soirée ayant été un peu trop arrosée pour les garçons la veille, ils émergent vers 10h. A 11h, sans nous consulter, ils décident que nous resterons à l’hôtel. Lorsque nous apprenons la nouvelle, nous chamboulons tous leur plan et mettons tous le monde au garde vous. On pédalera aujourd’hui, non mais ho ! En bougonnant les garnements remontent faire leurs bagages dans leurs chambres. A 12h on peut aller chercher les vélos pour les charger et enfin partir. Hélas ! Nous déplorons deux crevaisons sur les 5 vélos ! Cédric et Gauthier réparent, Imad discute avec un bonhomme rencontré la veille. Ce dernier nous propose de prendre tous nos bagages, ainsi qu’un des vélos et l’un d’entre nous et d’emmener le tout à notre prochaine destination. Comme ça monte beaucoup et qu’il continue de pleuvoir des cordes, ça nous rendra la vie plus facile. On se met d’accord sur un point de rendez-vous à 50 kilomètres d’ici et Imad part avec tous nos bagages et son vélo dans la Twingo orange de notre nouvel ami. Gauthier a préféré garder ces affaires avec lui, s’il est trop lent, il fera du stop.

En regardant la Twingo orange s’éloigner, nous réalisons notre erreur. Nous avons avec nous une carte bleue et nos téléphones. Le reste : passeport, ordinateur, appareil photo, disque dur…etc… sont avec un parfait inconnu qui a tout d’un coup décidé de faire 50 kilomètres avec nos affaires. On essaye de ne pas trop y penser, nous avons un autre problème pour le moment : ne pas congeler sur place. Alors on pédale. Grimper une côte sans les 25 kilos de bagages se révèle être d’une facilité déconcertante ! Par ce temps glacial c’est même agréable, ça réchauffe sans surchauffe. Les descentes en revanche sont tout aussi glaçantes ! Cédric n’est pas bien couvert et Gauthier avec son chargement ne va pas bien vite. Ils s’arrêtent pour faire du stop. On continue, si les garçons trouvent un camion, ils s’arrêteront pour nous prendre au passage.

Nous arrivons maintenant dans une zone indiquée comme “un peu tendue”. L’Arménie et l’Azerbaïdjan se disputent certains territoires et la route que nous prenons longe la frontière azérie sur 5 kilomètres. Des snipers veillent, la route est sûre mais il est déconseillé de s’arrêter. Habiles, nous baissons la tête pour éviter quelques balles (Papa, Maman, c’est une blague). Tout autour de nous la terre est brûlée, côté Azerbaïdjan on aperçoit quelques militaires. On traverse des villages en ruines. Drôle d’ambiance.

Nous sommes encore loin de notre destination et nous aimerions arriver le plus tôt possible pour savoir ce qu’il est advenu d’Imad et de nos bagages. Alors de temps en temps, lorsqu’un camion se profile dans notre rétroviseur, on lève le pouce. Ca fini par marcher, un camion géorgien s’arrête. Nous fixons les vélos sur sa remorque à l’aide d’énormes sangles et nous nous égouttons dans la cabine avant. Sur ces routes de montagne le camion va moins vite que nous dans les descentes, mais on est au chaud ! Notre chauffeur est tout gentil mais ne parle pas anglais. La communication est succincte.

Il nous dépose devant le petit chemin de terre… enfin, de boue, qui doit nous mener à notre premier point de rendez-vous. Nous avions convenu avec Imad que si ce premier hôtel ne convenait pas, il irait à un autre 8 kilomètres plus loin. Nous nous embourbons donc dans ce petit chemin boueux qui débouche 3 kilomètres plus loin, finalement sans grande surprise, sur un portail rouillé, des vaches et un vieux monsieur. Lorsqu’il comprend que nous cherchons un hôtel, le vieux monsieur affiche sa dentition entièrement en or dans un éclat de rire. On rebrousse chemin de boue.

De retour sur la route principale, on retrouve les garçons qui débarquent de leur camion ! Tous ensemble on va au second hôtel. La réparation de Cédric ne tient plus et il roule désormais sur sa jante. On aperçoit le ciré jaune d’Imad au loin, il est vivant ! On hurle dans la ville comme si nous retrouvions un ami perdu depuis trop longtemps. Le pauvre est tout penaud. Il culpabilise trop de nous avoir laissé tout seuls par ce temps et cette côte. Il en est à son troisième aller-retour à l’épicerie, a acheté des tas de choses pour le dîner de ce soir et a réservé un petit hôtel très confortable !

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