La pluie, le froid et les chambres à air trouées

Il pleut, il pleut, il pleut toujours. On reste au chaud un jour de plus et on regarde la pluie à travers la fenêtre (mon dieu ce que c’est poétique !).

Le lendemain le brouillard se dissipe, on aperçoit les montagnes en face, quelques timides rayons de soleil parviennent à percer les nuages. Alors c’est parti ! Mais patatras ! Le pauvre Cédric découvre son pneu une nouvelle fois à plat ! Il répare et on part. Il fait très froid et sur la route beaucoup d’arméniens nous font signe de nous arrêter pour prendre un petit remontant. Nous finissons par accepter l’invitation. Seul Gauthier prendra le petit shot de vodka à 11h du matin. J’ai bien en tête le dénivelé qui nous attends, je refuse. A tort peut être, puisque Gauthier file maintenant en tête de pelotons ! Lui qui traîne la roue d’habitude…

A midi les garçons ont pour habitude de manger au restaurant. Elsa et moi achetons un pique-nique que nous mangeons au restaurant avec les autres. Gauthier, remonté par son remontant, commande quelques bouteilles de vodka qu’il déguste avec Cédric. Ces deux-là sont vite ronds comme des ballons, ils feront l’ascension en stop. On se donne tous rendez-vous au lac Sevan.

Le verre de trop !

40 kilomètres de côte donc. Je règle l’affichage de mon compteur sur la température et, pour m’occuper, je regarde les degrés descendre au fur et à mesure que je monte. Je note une étrange corrélation entre la baisse de température et ma vitesse moyenne… 9°C, 9 Km/h, 8°C, 8 Km/h… en haut de la côte 6°C, 6Km/h ! La tête et les mains gelées, le reste du corps en surchauffe. Elsa est loin devant, Imad est loin derrière. Chacun vit l’ascension différemment, Elsa est en pleine forme et fonce sans difficulté. Imad est patraque et traîne la patte. Pour ma part, le froid me fatigue mais je trouve la pente assez douce. Je redoute plus les pauses, mises à profit par le froid pour me congeler un peu plus. Plus on monte plus on se rapproche du brouillard, il nous englobe doucement. On attends Imad juste avant le tunnel final. Nous avons enfilé toutes nos affaires sur nos t-shirts trempés par la suée de la montée, on grelotte. Un gentil monsieur vient mettre son énorme veste sur le dos d’Elsa pendant qu’un autre ramasse des ordures et entreprend de faire un petit feu pour nous réchauffer !

Imad arrive enfin et on s’engouffre dans le tunnel. Les tunnels sont toujours éprouvants. Pas de porte de sortie, très étroits. Très bruyants aussi. Sur un tunnel comme celui-ci de 3 kilomètres, on entend les camions dès qu’ils y entrent. Le bruit de leur moteur résonne, c’est assourdissant, on ne sait pas de quel côté ils arrivent, on croise les doigts pour qu’ils nous aient vu. J’en ressors toujours avec des douleurs dans les bras et les épaules tellement je suis tendue sur mon guidon. Le brouillard forme un bouchon blanc à la sortie. Mais pas pour longtemps, on voit un bout de ciel bleu au loin ! La récompense est à la hauteur de l’effort. On laisse le brouillard à la sortie du tunnel, et on baigne désormais dans la douce chaleur du soleil. La neige tombée la veille sur les montagnes fait ressortir le bleu profond du lac. Imad a repris du poil de caribou, la vue de la neige doit lui rappeler le pays, il nous dépasse à fond “Tabarnak d’osti’crist t’as tu vu la neige !”.

Le lac Sevan

Nous retrouvons Cédric et Gauthier et nous voilà repartis tous ensemble. Mais zut ! La série des crevaisons continue, cette fois c’est pour moi.

Première crevaison d’une longue série pour ma part

Il fait désormais nuit noire et 4°C. Et double-zut, un nouveau drame se produit. Cédric est devant, il fonce droit sur un muret qu’il n’a pas vu. Imad lui hurle de freiner. La roue avant de Cédric percute le muret. Cédric vole. Il a une bonne pénétration dans l’air, mais l’atterrissage est un peu lourd. Quelques bobos mais rien de grave. Pour le vélo c’est une autre histoire. Le cadre est plié et bloque la roue avant, impossible de le faire rouler. Certaines attaches des sacoches n’ont pas tenu le choc, d’autres sont éventrées. Ce soir Imad et Cédric dorment à l’hôtel, Gauthier, Elsa et moi plantons la tente dans le jardin d’un restaurant.

Le lendemain Cédric prend un taxi avec toutes ces affaires jusqu’à Erevan.

Nous rejoignons Imad pour un petit déjeuner au soleil, dans l’air frais du matin avec vu sur les montagnes. L’air glacial, le soleil qui nous réchauffe doucement, l’odeur de la crème solaire et les lunettes de soleil… on a l’impression d’être au ski !

Nous dévalons les 65 kilomètres qui nous séparent de la capitale. Tout schuss sur la piste rouge !

On retrouve Cedric et son vélo en pièces détachées chez un vélociste. Ce dernier va lui remonter son vélo sur un nouveau cadre.

Nous restons quelques jours à Erevan. Je subi quelques crevaisons à répétitions avant d’admettre que mon pneu arrière a fait son temps. Elsa a aussi besoin d’un nouveau pneu, nous visitons la ville à travers les magasins de vélo sans trouver pneu à notre roue… faute de mieux, on se rabattra sur du bas de gamme renforcé à la bande anti-crevaison, espérons que ça tienne.

Erevan

En quittant Erevan, on quitte aussi Imad et Cédric. Ils vont retourner en Géorgie en train pour arriver plus vite à Baku. Gauthier, Elsa et moi préférons faire la route à vélo. On est bien triste de quitter les copains, mais nos chemins devraient se recroiser !

Cédric retient ses larmes, Gauthier craque

3 Replies to “La pluie, le froid et les chambres à air trouées”

  1. Merci pour votre blog très sympa que j’ai connu grâce à Gauthier. Ce dernier a des qualités extraordinaires…. mais aussi quelques secrets qu’il ne voulait pas dévoiler. Hélas pour lui, vous faites voler en éclat sa carapace et c’est très bien. Bravo à vous pour tout ce que vous accomplissez, c’est inoui. Bonne route. Philippe

  2. Hello  »du mollet » ,

    A l’air costaud le Cédric et pas une égratignure (sur la photo) …
    petite question pour le camion vert là au dessus : c’est sa roue avant gauche qui traine avant le talus ?
    La statue en bronze va bientôt être remplacée par un vélo à sacoche surmonté d’une fille avec son voile au vent !
    Merci de ces vues et récits , mieux que dans les bouquins

    Enjoy and take it safe

    Louis-dji

    1. Merci merci !
      Et oui c’est un costaud le bonhomme !
      On est en négo pour la statue en bronze, c’est en bonne voie 🙂

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