Oh non, j’ai du sable dans mes chaussuuuures

De retour au Kazakhstan ! Nous avons laissé le pays sous des mètres de neige l’hiver dernier, nous l’y retrouvons plus verdoyant que jamais, à peine reconnaissable !

Après une bonne journée en selle, nous décidons de pousser jusqu’à la rivière Ili, dont nous avions déjà fait la connaissance en Chine. Les derniers kilomètres s’arrachent difficilement. Le goudron de mauvaise qualité ne résiste pas au soleil et forme une boue collante à la surface de la route. Il y a bien quelques arbustes sur le bas coté, mais leur ombre suffit à peine à protéger quelques oiseaux.

Pour se protéger du soleil, Jess tente la technique ET-telephone-maison
Pour se protéger du soleil, Jess tente la technique ET-téléphone-maison

Nous n’avons qu’une idée en tête, arriver à la rivière pour pouvoir enfin s’y baigner ! Les trois derniers kilomètres se font sur un chemin de cailloux. J’aperçois le pont qui enjambe la rivière, Jess et Stefan poussent leur vélo dans son lit partiellement asséché. L’eau est marronnasse, vaseuse et bordée des bouses de vache qui font le bonheur des mouches et autres nuisibles. Impossible d’y piquer une tête sans en ressortir encore plus sale qu’avant. Nous établissons le camp dans le sable, entre quelques arbres, sur les berges. Nous n’avons pas pris assez d’eau. Il va falloir se rationner un peu. Hier nous pouvions compter sur le surpeuplement de la Chine pour trouver de l’eau potable dès que nous en avions besoin. Aujourd’hui, dans ce désertique Kazakhstan, nous devons planifier nos ravitaillements en avance.

Au moins, il y a de la place pour planter la tente
Au moins, il y a de la place pour planter la tente

Le lendemain, réveil à l’aube. Nous plions rapidement nos affaires et poussons les vélos sur une centaine de mètres pour sortir de cette immense plage sur laquelle nous avions planté nos tentes. Nous devons pédaler quelques kilomètres sur l’autoroute pour rejoindre une route plus agréable. L’autoroute en question surplombe la rivière sur un haut pont que nous pouvons attendre via un petit escalier. Nous portons bagages et vélos en plusieurs aller-retour. Stefan est le dernier à monter son vélo lorsqu’un vent violent se lève, il a quelques difficultés à atteindre le haut de l’escalier sans tomber. Et soudain, tout disparait. Buran, le vent des plaines Kazakhes fait son show. Il soulève des tonnes de sables qui s’infiltrent partout et nous aveugle, miam ! ça croustille ! les sacs s’envolent, les vélos tombent. Nous rassemblons rapidement nos affaires éparpillées et les attachons solidement à la glissière de sécurité.
Impossible de pédaler, nous ne pouvons même pas pousser nos vélos. En restant sur l’autoroute, nous sommes un peu moins exposées au nuage de sable que si nous étions restés sur la plage. Et de toute façon, il serait périlleux de redescendre l’escalier en portant nos vélos.

Un peu surpris par la violence de l'a tempête...
Un peu surpris par la violence de la tempête au début…

 

..mais on finit par s'y faire assez vite !
..on finit par s’en accommoder très vite !

Plus le choix, on lève le pouce. Un camion bene s’arrête. Les vélos y sont balancés sans ménagement, le dérailleur de Jess en fera les frais : Zut. Notre chauffeur nous dépose trente kilomètres plus loin, dans un petit village à l’écart de l’autoroute, seul axe qui nous amène vers Almaty, double zut. Au moins on peut se mettre à l’abri du vent qui ne faiblit pas et faire le point. Jess peut encore rouler, mais difficilement. Le dérailleur est fendu, il risque de ne pas tenir très longtemps. Nous décidons de faire du stop jusqu’à Almaty.
Nous devons retourner sur l’autoroute où nous devrions facilement trouver un chauffeur. C’est la seule autoroute aux alentours qui mène à la plus grande ville du pays, 250 km plus loin. Un autre camion bene s’arrête.

Cette fois, Stefan monte à l'arrière et réceptionne les vélos pour les caler avec le plus grand soin
Cette fois, Stefan monte à l’arrière et réceptionne les vélos pour les caler avec le plus grand soin. Ici, il y  moins de sable, c’est plus supportable !

Ce camion nous dépose sur l’échangeur qui mène à l’autoroute. Il nous reste plus qu’un kilomètre et demi à parcourir sur un immense pont pour atteindre un endroit propice au stop. On se met en selle et…on remet tous les quatre pied à terre. Impossible de tenir en équilibre. Le pont est pleinement exposé au vent. il est balayé par des volutes de sable et quelques cailloux, nous poussons. Un homme en 4×4 s’arrête à notre hauteur. « Mais qu-est-ce que vous faites ?? ». Il tient à nous aider. Formidable on a besoin d’aide ! Nous pouvons à peine faire tenir deux vélos dans son 4×4. Comme celui de Jess est cassé, nous décidons qu’elle et Stefan partiraient avec lui.
De notre coté, nous n’attendons pas longtemps pour que Sacha, un biélo-russe en mini-short, marcel assorti, tongs et chaussettes, arrête son semi-remorque à notre hauteur. Nous nous installons dans sa cabine avant. Pas franchement très propre, mais confortable. Avec ce vent, il roule à 50 km/h, on est pas arrivées…surtout quand, après quelques kilomètres seulement, il décide d’arrêter son camion sur une air d’urgence. Il se met alors à ranger l’intégralité de sa cabine et faire un peu de ménage. Du fin fond de sa boite à gant, il sort un paquet de biscuit qui doit dater de l’âge d’or de l’URSS. Il dispose deux tasses, qui ont aussi leur part de vécu, sur un plateau et les remplit de thé tiède qu’il garde dans un bocal de petit pois. En guise d’essuie-main, il nous propose un vieux t-shirt qui trainait sur la banquette arrière. Telles des comtesses à la cour de la reine d’Angleterre, nos trempons nos biscuits dans notre thé pendant qu’il fume une cigarette.

Notre ami Sacha
Notre ami Sacha

Une centaine de kilomètre plus loin le vent est tombé et nous pouvons mettre les gaz, 80 km/h. Après quatre heure de route, Sacha s’arrête à 20 kilomètres de la ville. Il passera la nuit dans son camion dans une station essence. Nous sommes accueillis par quelques autres camionneurs. Sacha leur raconte nos péripéties, nous sommes conviées à partager le thé entre deux camions.

Un peu d'huile de moteur dans ton thé ?
Un peu d’huile de moteur dans ton thé ?

Puis nous enfourchons nos vélos et parcourrons rapidement les derniers kilomètres qui nous séparent de Jess et Stefan qui nous attendent chez notre hôte, comme convenu.

2 Replies to “Oh non, j’ai du sable dans mes chaussuuuures”

  1. Que d’aventures! Bien résumé, c’est comme si j’y étais 😉 et les photos sont trop stylish !!
    Bisous d’Allemagne !😘

    1. C’est bon tu valides, on a pas menti ? 🙂

Laisser un commentaire