Qui fait cuire un œuf, décorne un bœuf

Départ matinal

Et nous voilà de retour au Kazakhstan que nous avions quitté pendant un mois. Nous passons prendre nos vélos que nous avions laissés chez une amie. Le vélo, justement, ça nous manque un peu. Alors on décide de pédaler deux jours avant de prendre le train direction Astana et enfin tenter d’obtenir nos visas chinois ou russe. Dans le Sud du pays, le temps est encore à peu près clément, il n’y a pas trop de neige, pour deux jours, ça ira.

Le Kazakhstan est aussi plat que le Kirghizstan est montagneux. Le paysage pourrait être bien monotone, mais comme nous longeons la frontière Kirghize, nous profitons pour ces deux jours encore de la superbe vue sur les montagnes.

Cette famille de 8 personnes est sortie de cette voiture 5 places...pour nous offrir un sac de nourriture
Cette famille de 8 personnes est sortie de cette voiture 5 places…pour nous offrir un sac de nourriture

La régulation de la température corporelle par moins six degrés lorsqu’on pédale est un véritable challenge. Il ne faut pas trop se couvrir pour éviter de transpirer, mais quand même assez pour avoir à peu près chaud.
Lorsque nous croisons une ville, chose somme toute assez rare dans les steppes kazakhes, nous nous arrêtons pour boire un thé chaud. Pas longtemps, les restaurants sont rarement chauffés et il fait meilleur lorsqu’on pédale ! Après deux mois d’abstinence et malgré ces conditions difficiles, on est contentes de pédaler à nouveau ! On a de plus en plus hâte de rejoindre des climats plus accueillants pour se remettre réellement en selle !

Le huit janvier, le papa d’Asel la réveille aux aurores. C’est aujourd’hui que les étrangers arrivent, tous le monde doit être sur le pont ! Asel est professeure à Kulan, elle à trente-trois ans et vit avec ses parents et son fils dans la maison familiale. La maman d’Asel est déjà en train de cuisiner pour nous préparer un festin au cas où on arriverait dans la matinée. Les Kazakhs ne craignent rien sinon que leurs invités manquent de nourriture. Nous avons simplement précisé à notre hôte que nous arriverons à vélo en fin d’après-midi chez elle. A seize heure, ne nous voyant pas arriver, elle s’inquiète et appelle la police pour savoir si une patrouille ne nous aurait pas vue. Affirmatif, une voiture nous a aperçu la veille, à cent kilomètres d’ici. A dix-sept heures, Asel envoie son voisin ratisser le village en voiture. A ce moment là, nous arrivons tout juste et voyons donc ce monsieur qui nous fait des grands gestes pour qu’on le suive. Comme nos mamans nous ont dit de ne pas suivre les inconnus, on hésite un peu… puis on lui emboîte la roue. Merveilleuse idée.
En règle générale, nous sommes toujours extrêmement bien accueillies et nous nous sommes rarement senties mal à l’aise chez nos hôtes. Et puis parfois, il y a ces moments de grâce, ou l’on se sent instantanément à la maison. Chez Asel, nous faisons parti de la famille. Sa maman nous prend dans ces bras comme si on lui avait manqué, son papa est surexcité et nous pose des tas de questions, Asel nous mets à l’aise tout de suite. Comme dans la plupart des petites villes, il n’y a pas de salle de bain et de toilettes dans les maisons. On a l’habitude, les toilettes c’est la cabane au fond du jardin. La douche, c’est une fois par semaine. Certain ont un « banya » dans le jardin. C’est la cas de nos hôtes, et justement aujourd’hui c’est dimanche, donc jour du bain, on tombe à pique ! Le banya, c’est un bain russe, donc un sauna, avec de grandes bassines d’eau froide qu’on se renverse sur la tête pour se laver.

La maman d'Asel nous donne un cours de cuisine
La maman d’Asel nous donne un cours de cuisine

Ces deux jours à Kulan sont intenses, comme partout au Kazakhstan, l’arrivée d’étranger, surtout dans un village reculé, est un événement. Tout le monde veut voir « les étrangers d’Asel ». On va chez des amis de notre hôte puis elle nous fait visiter son école. Entre-autre, nous avons droit à un bon quart d’heure de séance photo avec une vingtaine d’élèves qui veulent avoir leurs portraits à nos cotés. On refuse quelques demandes en mariage. On arrive aussi à éviter la cantine où les profs, effarés par nos fins gabarits, veulent appliquer la tradition kazakh qui oblige à offrir de la nourriture à tout étranger, et en quantité inversement proportionnelle à son poids. Enfin on récolte surtout des tonnes de sourires et de « welcome » !

Hop, une photo de groupe dans le magasin, avec les sacs de nourriture en cadeau
Hop, une photo de groupe dans le magasin, avec les sacs de nourriture en cadeau

Vient alors le moment du départ, qui est aussi celui de la grande négociation. Au cours de notre séjour à Kulan, nous avons récoltés des tas de sacs de nourriture. Dans la rue, chez les amis d’Asel, les gens ne cessent de nous tendre des sacs remplis de petits pains, gâteaux, fruits… A cela s’ajoute donc les deux énormes sacs que la famille d’Asel tient absolument à ce que nous emportions pour nos vingt-trois heures de train. Asel tient même à étudier la qualité de nos manteaux, au cas où ils ne seraient pas assez chaud pour Astana ! Enfin, ne pouvant se résoudre à nous laisser parcourir, à dix-neuf heures, les douze kilomètres qui nous séparent de la gare, toute la famille s’entasse dans un taxi, les vélos sur le toit et bye bye Kulan !

Notre chef de wagon affiche un air bougon, et même avec nos beaux vélos chargés comme des mules, nous ne parvenons pas à lui redonner le sourire. Grâce à l’aide de nos amis, nous parvenons tout de même à embarquer dans le train, avec les vélos calés au-dessus de nos couchettes.

C'était juste, mais ça passe !
C’était juste, mais ça passe !

Nous sommes en troisième classe. Espace restreint donc. Le wagon est principalement occupé par des familles avec petits enfants. Sauf deux voyageurs, complètement saouls qui tapent le carton sur nos couchettes. Ils nous laissent gentiment leurs couchettes en échange, c’est à dire les couchettes du haut, bien moins confortables. On essaye de rouspéter un peu, mais faisons finalement vite profil bas : ils n’en sont qu’à la moitié de la bouteille de vodka, et ne semblent pas vouloir s’arrêter là, on va tenter de rester en bons termes.
Grâce à nos abondantes victuailles, nous nourrissons tous le wagon. Elsa passe dans le couloir, un sac rempli de beignets entre les mains et en propose à tout le monde. Après deux passages habilement espacés de quelques heures, nos sacs de nourriture sont vides ! Nos deux voisins de couchettes sont restés sages et à part une chaleur à faire cuire un œuf, nous arrivons sans encombres à Astana, dans un vent à décorner un bœuf.

Arrivée en gare d'Astana sous la neige
Arrivée en gare d’Astana sous la neige

Nous avons rendez-vous chez Kanat, à quelques kilomètres de la gare. Après deux cents mètres, nous nous rendons vite à l’évidence, il est impossible de pédaler dans cette tempête de neige. Le trafic est dense, la neige s’accumule dans les garde-boue, le freinage est aléatoire, bref, on prend le bus.

5 Replies to “Qui fait cuire un œuf, décorne un bœuf”

  1. Ces nouvelles nous réchauffent le cœur et nous glacent les doigts de pied …

  2. C’est de plus en plus intéressant, captivant, émouvant…
    Bref on est accro !
    Vivement la suite 🌜✨🌛

  3. Elsa a des nouvelles chaussures!!!

    1. ahah oui il fallait bien 🙂 c’est pas celles que proposaient Jesse mais elles sont cool aussi

  4. Ils sont vraiment chouettes ces kazakhs !
    Elle prépare quoi la maman d’Asel ?

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