Regroupement familial

Nous posons nos affaires à Taraz, au sud du Kazakhstan. A partir de maintenant et pour les quatre prochains mois d’hiver, nous essayerons de pédaler le moins possible. Il va faire de plus en plus froid, jusqu’à moins quarante degrés et la chaîne du vélo pourrait geler, nous ne voulons pas prendre ce risque.

Ilyas, notre contact au Kazakhstan qui nous a permis de trouver un petit job en échange d’un logement, a aussi donné notre numéro de téléphone à ses amis. Ici les gens sont très curieux et nous recevons plusieurs appels, nous sommes invitées à déjeuner, à découvrir la ville, à visiter l’école… un agenda de ministre.

Le Kazakhstan est le pays de la viande. Rien ne pousse dans ce désert à part les vaches, les moutons et les chevaux. Les fruits et légumes sont importés d’Iran ou de Turquie, et en cette saison, on en trouve très peu. Désormais, la question la plus fréquente n’est plus « Où sont vos maris ? » mais, bien que toujours sur le même ton terriblement inquiet « êtes-vous végétariennes ? ». Je vois déjà les plus carnivores de nos chers lecteurs qui se lèchent les babines. Petite note à ces derniers donc, la viande ici n’a rien à voir avec ce que nous avons l’habitude de manger. On pourrait parfois confondre l’odeur de certains morceaux avec celle d’un fromage un peu passé, souvent habilement camouflée par une dose de sel dépassant probablement les seuils recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé.
Le premier jour nous voilà donc assises en tailleur autour d’une table basse et du plat traditionnel Kazakh, besbarmak, à base de pâtes, de pommes de terre et de viande de cheval. C’est un peu fort et très très gras.

Un peu plus de cheval ?

Le soir, programme chargé oblige, on remet le couvert chez de nouveaux hôtes. Ce plat étant essentiellement servi pour les fêtes et lorsqu’il y a des invités. Deux fois dans une journée, c’est beaucoup, on peine à finir notre assiette, surtout la viande. Pour faire passer le tout on nous sert un bol de ce qui semble être… du gras de cheval bouilli. S’en est trop pour nous, nous parvenons à peine à tremper le bout des lèvres dans le breuvage. L’odeur nous donne des hauts le cœur.

Le lendemain, nous sommes invitées à l’école d’Amina et Amira, les deux filles de Biebit à qui nous donnons des cours d’anglais, pour rencontrer la directrice nous dit-on.
Nous poussons la porte d’entrée et surprise, un comité d’accueil digne d’une visite présidentielle nous attend. Les profs et élèves réunis scandent un « bonjour » parfaitement synchronisé. Une élève vêtue de la tenue traditionnelle et coiffée d’un grand chapeau pointu surmonté d’un pompon nous présente une montagne de petits beignets sucrés. Nous sommes, comme d’habitude, affublées de nos inséparables polaires et chaussures de marche usées jusqu’à la corde. La situation est tellement inattendue, j’essaye d’éviter de croiser le regard d’Elsa que je sens au bord du fou rire pour pour ne pas exploser à mon tour. On nous dirige dans une salle garnie d’une immense table ovale au bout de laquelle nous attendent deux chaises vides, deux bouteilles d’eau et deux verres. On doit donner une conférence ? Nous nous installons et les élèves nous posent tour à tour leurs questions. Ils sont très curieux, s’interrogent beaucoup sur les différences culturelles entre nos deux pays. Nous prenons un vrai plaisir à échanger avec eux. Alors que nous sommes habituées à répondre inlassablement aux mêmes interrogations, nous sommes impressionnées par la pertinence des leurs. Après une brève démonstration des instruments folkloriques locaux par deux jeunes garçons, nous visitons l’intégralité de l’école en passant dans chaque classe une par une. Le président, au pouvoir depuis vingt-cinq ans et dont le portait surveille les élèves à chaque coin de couloir, a décidé qu’une partie des matières enseignées devaient l’être en anglais, langue qu’ils apprennent dès l’âge de trois ans. Nous pouvons donc facilement discuter avec la plupart des élèves.

Photo de classe

Quelques jours plus tard, nous prenons des vacances. Enfin, c’est un peu l’impression que nous avons quand nous bouclons nos sac à dos pour passer une semaine à Almaty, la plus grande ville du pays, pour rejoindre Louise et Jesse, la sœur d’Elsa et son copain, qui viennent nous rendre visite. Nous laissons les vélos à Taraz et montons à bord d’un train pour parcourir les cinq cent kilomètres, soit dix heures de trajet, qui nous séparent d’Almaty. Contrairement à notre premier voyage en train, nous sommes cette nuit là en troisième classe. Donc nous avons un peu moins de place, il y a plus de monde et pas de compartiments. Je dors comme un bébé, bercée par l’agréable roulis du train. Elsa dort moins bien, sans cesse dérangée par les passagers qui se cognent à ses pieds qui dépassent dans le couloir.

Nous retrouvons Louise et Jesse sur le quai, leur avion a atterri un peu plus tôt dans la matinée. Venant tout droit des États-Unis, ils encaissent dix heures de décalage horaire. Comme si ça ne leur suffisait pas, nous planifions de nous lever aux aurores le lendemain pour passer quelques jours à Saty, petit village dans les montagnes à la frontière Kyrgyze. Les quatre heures de bus sur des routes crevassées nous permettent d’apprécier la conduite toute particulière de notre chauffeur qui consiste à foncer tout droit, certainement pour tenter de voler au dessus des nids de poules. Ça ne marche pas, on est secoués comme des pruneaux. A Saty, au pied des montagnes, nous avons réservé deux nuits dans une maison d’hôte. A l’approche de l’hiver, les villages en altitudes sont désertés et les habitants se réunissent plus bas, dans les maisons familiales des régions plus clémentes. Toute la famille est donc réunie dans cette petite maison dans laquelle on nous fait un peu de place.
Pendant deux jours, nous nous promenons dans les environs, nous marchons jusqu’au lac de Kolsai connu pour ces arbres sans branche qui poussent dans l’eau. Nous randonnons sous un agréable soleil d’hiver qui fait briller la neige. La lac est gelé, les arbres sont pétrifiés par le froid. Le silence est parfois interrompu par d’impressionnants craquements qui résonnent dans la montagne. Quelques intrépides morceaux de glace qui tentent encore un peu de résister à l’hiver ?

Le lac est relié au village par un petit cours d’eau que nous suivons pour retourner à la maison. On a beau vouloir parcourir le monde, on revient toujours aux fondamentaux, dans les montagnes qui nous entourent, Elsa et Louise retrouvent Grenoble où elles ont grandi tandis que Jesse y voit l’exacte réplique de sa ville natale : Grangeville, Idaho, États-Unis. Et puisqu’on parle de cow-boy, nous nous baladons aussi dans le Charyn Canyon. Nous sommes les seuls visiteurs en cette période, le givre ayant tendance à geler le tourisme pendant quatre mois. Les couleurs pâles du petit matin d’hiver apportent une multitude de nuances aux plaines et montagnes qui nous entourent. Une fine couche de neige fraîchement tombée accentue légèrement les reliefs. La vue sur les montagnes est époustouflante, et cette fois, nous ne pouvons comparer ce paysage a quoique ce soit de connu.

« Look ! A Kazakh rock in the Grand Canyon »

De retour à Almaty, nous déambulons dans la ville. Nous parcourons les rues, toutes aussi semblables les unes que les autres. Nous visitons le Green Bazar, l’étalage de viande y est impressionnant. Parmi les stands, un homme pousse un chariot métallique sur lequel sont entassés d’énormes morceaux de carcasses. Les étalages sont garnis de toutes sortes de pièces de viande, on ne sais pas toujours de quoi il s’agit, on n’a pas toujours envie de savoir. La partie « fruits et légumes » propose surtout des fruits secs ou des légumes conservés dans des bocaux de vinaigre.

La livraison 35 attend son acheteur

Pour mieux comprendre la culture Kazakh, nous décidons d’aller faire un tour aux bains publics, très prisés dans le pays. Hommes et femmes sont séparés, Jesse vivra l’expérience seul. Maillot de bain interdit, nudité exigée. Enfin presque, le règlement exige tout de même le port de chaussures en plastiques. Les habituées portent aussi un bonnet en laine en forme de cloche et une sorte de petit plumeau de feuille de vigne qu’elles utilisent pour se frapper le corps lorsqu’elles cuisent dans les hammams et sauna. Elles en ressortent rouges comme des écrevisses. Le bâtiment des bains paraît aussi soviétique à l’extérieur qu’il est beau et plaisant à l’intérieur. De grandes salles voûtées en marbre abritent les douches, la piscine et les salles de massage. Les saunas et hammam sont en bois avec des parois en pierre dans lesquelles sont creusées d’énormes fours. Ca sent bon le bois et les essences de feuilles de vigne. Pendant deux heures, nous naviguons entre les différentes sortes de bains, les douches glacées et la piscine. En sortant, nous avons l’agréable sensation que notre corps est devenu un cocon tout doux et tout chaud !

Démonstration des accessoires indispensables aux bains

La semaine passe trop vite, nous devons bientôt repartir vers Taraz tandis que les deux New-yorkais s’envolent vers les États-Unis.

 

3 Replies to “Regroupement familial”

  1. Je sens venir une idée look …

  2. Le fantôme de la montagne dit : Répondre

    on ne parle jamais assez des cheveux d’Elsa !!

    1. Bonjour cher fantôme,
      Merci pour votre retour, votre demande va être prise en compte. Prévoyez un petit délai d’attente cependant, il y a tant de choses à dire!

Laisser un commentaire