Tim Burton ne parle pas chinois

Zanghye wetland

Nous restons trois jours à bord du ferry Su Zhou Hao qui relie la Japon à la Chine, et nous ne chômons pas ! Lecture, sieste, film, bain, repas… bref on serait bien restées une semaine de plus !

Moment paisible en salle de lecture
Moment paisible en salle de lecture

 

Onsen, ou bain chaud japonais, et douche à bord du bateau
Onsen, ou bain chaud japonais, et douche à bord du bateau

A l’approche du port de Shanghai, on note un net changement de couleur de l’eau. Du bleu profond de la mer, nous naviguons désormais dans une eau marronâtre. Au loin, nous distinguons à peine les immeubles à travers une brume sale. Il fait chaud et humide, nous sommes le 1er mai, bientôt la saison des pluies commencera.

A notre grande surprise, notre bateau nous dépose… en centre ville ! Au lieu de nous débarquer au port industriel comme nous nous y attendions, nous avons emprunté la rivière qui court à travers la ville.

Si si, là, au fond, c'est Shanghai !
Si si, là, au fond, c’est Shanghai !

Meng et Axel nous accueillent pour la nuit. Comme dans la plupart des foyers chinois, le lit consiste en une planche en bois sur laquelle est tendue une fine couette. « C’est bon pour le dos » paraît-il…

Rue animée dans la vieille ville de Shanghai
Visite de la vieille ville de Shanghai

Nous ne nous attardons pas à Shanghai, on veut pédaler dans la campagne. On prend plein Sud. Nous tentons d’abord de prendre de petits chemins. Problème ? La Chine est en pleine construction. Des routes, des immeubles, des rails, poussent dans tous les sens. Certains axes n’existent plus, et notre carte n’est pas à jour. Souvent, la route que nous voulons emprunter s’arrête net, par un mur, et nous sommes contraintes de faire demi-tour.

On change de stratégie et on décide de prendre des plus gros axes. C’est à dire bien souvent des deux fois deux voies, plus une voie réservée aux scooters et aux vélos. Nous sommes donc souvent séparées des voitures et nous avons simplement à faire attention aux scooters, pour la plupart électriques, donc silencieux. La route est plate, mais le vrombissement des moteurs des camions benne et la poussière dégagée rend l’expérience beaucoup plus éprouvante que prévu.
Et ça ne fait que commencer, car entre Shanghai et Hangzhou, deux cents kilomètres au sud, nous sommes plongées dans un milieu urbain et industriel continu. Quand nous ne sommes pas dans une ville grouillante, nous pédalons entre les usines, à moitié rouillées mais miraculeusement fonctionnelles, qui crachent fumée et bruit de machine fatiguée. Pendant ces quatre jours, que nous plantions notre tente en centre-ville ou dans de grands parcs, nous sommes sans cesse réveillées par l’activité chinoise qui ne connaît visiblement pas le repos.

Certaines villes nous donnent le sentiment de forêt d'immeubles
De temps à autre, trêve industrielle, nous traversons des forêts d’immenses immeubles flambants neufs

A l’inverse du Japon, nous n’avons aucune difficulté à rencontrer des locaux. Notre présence dans ces villes qui n’attirent aucun touriste étranger est un évènement. On nous montre du doigt, on nous prend en photo, on s’approche le plus près possible pour bien nous observer. Il n’est pas rare que, une fois la tente plantée, nous devenions les actrices d’un spectacle qui les fascine. Nous parvenons parfois à échanger quelques mots en anglais avec les plus jeunes, mais globalement la communication reste succincte. Nous prenons petit à petit conscience de l’abîme culturel qui nous sépare lorsque nous ne parvenons même pas à nous faire comprendre à travers quelques mimes.

Invariablement, on vient nous parler en chinois, et devant nos mines interrogatives, les discours se ponctuent par des éclats de rire et des exclamations. « Tim Burton ! », nous crient-ils. Et lorsqu’un « Tim Burton ! » est lancé, toute tentative de communication s’arrête. On nous observe alors simplement, comme si nous étions quelques bestioles bizarres.

Un soir, nous plantons la tente dans un minuscule parc au beau milieu d’une ville industrielle. Encore une fois, nous avons le sentiment d’être plongées au beau milieu d’un chantier. D’énormes camions vaporisent leur poussière à travers la ville, si bien qu’un nuage de fines particules semble y régner de façon permanente. Dans le parc où nous nous installons, nous intriguons. Petit à petit, parents et enfants s’arrêtent à bonne distance et nous observent. Un père de famille, plus téméraire, vient montrer les alien que nous sommes à son fils. Il n’en fallait pas plus pour motiver les autres, tout le monde s’agglutine alors et nous sommes encerclées. On nous parle en chinois, quelques enfants arrivent à nous parler anglais. Et encore une fois, on entend « Tim Burton ! » fuser de part et d’autre. L’ambiance est à la rigolade, on partage un peu de nourriture et un bout de nos aventures.

Il y a des étrangers dans le parc !!
Il y a des étrangers dans le parc !!

Nous arrivons finalement à Hangzhou, petite bourgade chinoise, en quatorzième position des plus grosses villes du pays avec ces quelques dix millions d’habitants. Nous y retrouvons Agathe, une amie française qui vit en Chine depuis un an. Elle nous apprendra plein de choses très utiles sur le monde obscur qu’est la Chine, et notamment que « Timbedon », ou « Tim Burton » comme nous l’entendons, signifie « Elles ne comprennent rien ! ».

Nous sommes logées chez Alena et Russlan, un jeune couple de russes, installés dans la banlieue d’Hangzhou depuis quelques mois. Le soir de notre arrivée, ils nous proposent d’aller boire un verre avec leurs amis. Nous rencontrons Rémy, en pianiste et chanteur d’opéra lituanien désormais prof de musique dans une école privée en Chine, et Dremus, Néo-zélandais en chemise à fleur et bottines en cuir de reptile. Son taux d’alcoolémie et son accent n’aidant en rien, nous avons un mal fou à comprendre ce qu’il raconte… et il est très bavard ! Comme la plupart des jeunes expatriés que nous rencontrons, ils sont profs, souvent d’anglais, reconvertis pour passer quelques années à l’étranger.

6 Replies to “Tim Burton ne parle pas chinois”

  1. Hello hello, je viens de lire votre message sur la frontière Chine/Kazakhstan (Khorgos) sur caravanistan. Vous venez d’y passer ou c’est une « review » en décalée ? Nous y arriverons dans quelques jours. On se demandait si vous avez pu pédaler depuis Urumqi jusqu’à la frontière ? Nous avons eu droit aujourd’hui à deux transport en fourgonnette et pick up de la « SWAT » local. Gyrophare allumé et à toute allure, ils nous ont avancé de 80km, ils n’ont pas voulu qu’on pédale et pour l’instant on n’a pas compris pourquoi… demain on reprend la route, et on espère à deux roues !

    1. On a passé la frontière la semaine dernière ! On a seulement pédalé entre Yining et la frontière sur 90km, le reste en train. On a pas eu de problème en roulant, « seulement » un contrôle de police alors qu’on faisait une pause. C’est surtout dans les villes qu’on a eu des affaire à la police.. Clairement pas la partie la plus plaisante du voyage ! Bon courage et bonne route 🙂

      1. On est une semaine ou deux derrière vous du coup. On pédale depuis Urumqi, une expérience intéressante et très « policière » !
        Bon voyage à vous 😉

  2. Coucou, j’ai dévoré « on a roulé sur la terre » d’alexandre poussin et sylvain tesson qui a été laissé dans la bibliothèque aux Reuzes.. Votre début en Chine y ressemble ! Courage pour les problèmes de communications ! J’espère que vous ne passerez pas par le tibet et le népal, les dénivelées à y affronter paraissent assez costaud. Courage pour la pédale !

    1. Haa je l’avais lu aussi avant de partir aussi ! Je pense qu’il faudrait que je le relise après le voyage, je ne me souviens plus de ce passage sur la Chine !

  3. George Clooney ça veut dire quoi en chinois ?

Laisser un commentaire