Trio de pays

Bosnie-Herzegovine

Du 01.06.2017 au 18.06.2017, Bosnie-Herzégovine, Monténégro et Albanie.

La Bosnie nous apparaît comme un pays à deux facettes.

L’une est paisible. La Bosnie est peu développée, il n’y a pas d’industrie à touristes, peu de voitures, des petites routes entre les collines, au bord des lacs. Le peu d’habitants que nous croisons nous saluent, nous encouragent, viennent nous aider. Nous n’avons aucune difficulté à trouver de l’eau, un lieu pour camper. On évite les grosses villes, on se perd dans la campagne et c’est très plaisant.

L’autre facette est ravagée. On traverse des petits villages dévastés, on roule sur des routes bordées de panneaux “Attention aux mines”. La végétation gagne les ruines des maisons éventrées, laissées à l’abandon. Comme la Croatie, la Bosnie garde les cicatrices de la guerre.

 

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On quitte la Bosnie un peu trop vite à notre goût et on passe une journée à Dubrovnik en Croatie. Le touriste règne en despote sur cette cité, chaque parcelle de la ville et ces alentours sont adaptés à son confort. Trouver un lieux pour établir le camp est alors une véritable mission. On fini par s’installer sur une petite jetée en contrebas d’une maison qui semble abandonnée. Mais on ne sent pas vraiment tranquille, le gérant de la plage d’à coté essaye plusieurs fois de nous faire partir…mais nous n’avons nulle part ou aller. On reste mais on ne dort que d’un oeil.

Le lendemain nous passons la frontière avec le Monténégro. Dès le premier soir, tout semble à nouveau plus simple pour camper. On peut dormir sur la plage de la ville, nous sommes les bienvenus. On accuse quand même tous une certaine fatigue depuis quelques temps. Nous n’avons pas eu de jours de pause depuis un moment. Le lendemain nous décidons donc d’utiliser notre joker : les parents d’Elsa nous offrent une nuit dans une maison d’hôte. Depuis le début du voyage, trouver de l’eau, cuisiner au réchaud, trouver un endroit où dormir, monter la tente… sont devenus une routine pas si contraignante que ça au regard de la liberté que ça nous apporte. Mais, de temps en temps, abandonner cette routine est tellement reposant. Nous sommes logés chez une vieille dame toute gentille, la maison les pieds dans l’eau offre une vue imprenable sur la baie de Kotor. On se repose.

Evidemment, on aurait pu réfléchir un peu avant d’utiliser le joker, et prendre une réservation le jour de l’anniversaire de Gaël, soit le lendemain. Mais non, on aime faire compliqué quand on peut faire simple. Donc au lieu de disposer d’un four pour lui confectionner un gâteau digne de ce nom, nous avons simplement un réchaud et un set de popote. On s’y met quand même. C’est pas terrible, mais on est fières ! Cooking tips : Il est possible de faire un gâteau en le cuisant au bain-marie. Il est important de s’armer de patience, d’une réserve de carburant et de ne pas être trop regardant sur le résultat. Et puis avec du nutella, ça passe !

 

Un gâteau au réchaud 
Un gâteau au réchaud

 

Campement dans un bâtiment abandonné, cette nuit là, c’est la tempête et les tentes ne sont pas fixées au sol…
Campement dans un bâtiment abandonné, cette nuit là, c’est la tempête et les tentes ne sont pas fixées au sol…

 

Quelques jours plus tard nous voici en Albanie. Pour camper nous optons pour une toute nouvelle technique : on demande aux gérants des restaurants si on peut camper dans leur jardin. La plupart du temps, ils sont tenus par toute la famille, la maison est juste derrière. On plante la tente dans leur jardin avec leur autorisation et le soir, on mange au restau (on reste dans le budget, un repas coûte 2€ en moyenne).

Dans l’un d’eux, Vera, la maîtresse de maison ne parle pas un mot d’anglais. Mais elle veut discuter, alors elle se lance dans de longs monologues en albanais. Si on ne comprends pas, elle répète plus fort en faisant des grands gestes. Parfois on croit comprendre…et en fait non, pas du tout. C’est pas grave, ces conversations finissent toujours en éclats de rire. Le premier jour le fils nous fait visiter le jardin : poules, dindons, faisans et c’est quoi ces poules bizarres ? Le fils précise “Japan poulete”. Quelques heures plus tard, la maîtresse de maison nous re-fait visiter le jardin (elle n’avait pas vu que le fils nous avait déjà fait faire le tour du propriétaire). Du coup en voyant les poules bizarres on s’exclame, l’air connaisseur “haa Japan poulete !”.

Et le soir, on nous fait comprendre “couic couic poulete, mangiare”. Ok, ce soir c’est poulet !

 

Couic-couic poulete ! 
Couic-couic poulete !

 

Nous sommes à dix kilomètres de Tirana, donc on en profite pour laisser nos affaires chez Vera, et visiter la ville. A notre retour, le professeur de mathématiques de l’école d’à côté vient nous voir. Il parle anglais et on profite un peu d’avoir un traducteur pour discuter plus clairement avec la famille. Il s’improvise ensuite prof d’histoire-géo et nous emmène visiter le château-mosquée du coin.

 

Élèves modèles 
Élèves modèles

 

Nous reprenons la route. Et les routes en Albanie, c’est tout un programme. Les routes principales sont des quasi-autoroutes, plus que jamais, on essaye de les éviter (cf. le code de la route albanais, inexistant ?). Et les routes secondaires…c’est pile ou face. Soit on tombe effectivement sur une petite route goudronnée de campagne, avec usage parcimonieuse de véhicules motorisés et agrémenté d’une belle vue. Soit sur un chemin de cailloux et de trous ou nous avançons difficilement à plus de 7 km/h…cela dit, les paysages sont aussi certainement très jolis sur celles-ci, mais on est alors bien trop occupé à contrôler la direction.

Bref, mais en partant on décide quand même de prendre une route secondaire. Oups on s’embourbe dans du cailloux (sans blague ?), la route devient de pire en pire, énormes crevasses, on doit descendre du vélo et pousser.

Mais on aime perdurer dans l’erreur, alors on continue. Excellente idée, deux kilomètres plus loin, la route s’arrête net sur un portail un peu rouillé et coiffé d’une jolie couronne de barbelés. Elle continue derrière le portail et il y a la place de faire passer les vélos à côté. On passe. Il est midi, soleil au zenith, pas un coin d’ombre. On crève de chaud et il fait faim. On arrive dans une sorte de caserne militaire désaffectée, c’était pour ça le portail ? Drapeau albanais défraîchi, statue monumentale, des bâtiments aux vitres explosées. Un peu glauque. Et au milieu de tout ça des moutons et des arbres…Des arbres donc de l’ombre ! On s’installe. Une voiture arrive, le berger vient chercher les moutons ? Ha non c’est un militaire qui en sort ! Et d’autres sortent des bâtiments. En fait on est en train de pique-niquer tranquillement en plein milieu du caserne militaire complètement fonctionnelle, bien qu’envahie par des moutons. Un militaire s’approche. Il nous tend son smartphone sur lequel on lit une traduction Google “You can eat bread and cut the grass, but no photo. Then you leave”. Zut, Gaël a déjà pris des photos et on n’a pas du tout le temps de tondre la pelouse… Bon, on mange et on part.

 

Aïe, mauvais choix…
Aïe, mauvais choix…

 

C’était autoroute, chemin cailloux ou caniveau…on a prit le caniveau !
C’était autoroute, chemin cailloux ou caniveau…on a prit le caniveau !

 

Dans les villes il y a beaucoup de manifestations, des drapeaux des partis socialiste, démocratique, républicain. Les albains élisent leur président à la fin du mois. On discute un jour avec un jeune albanais. Il n’ira pas voter. Selon lui, c’est la même chose à chaque fois : “Le gouvernement prend tout, s’en met plein les poches. L’Albanie a mis un temps fou à se voir attribuer le statut de candidat à l’Union Européenne. Et maintenant qu’il est enfin candidat il faut qu’il continue à se développer pour que la demande soit acceptée. Mais rien ne bouge et on est terriblement en retard. Il n’y a pas de travail pour nous, pas d’infrastructures. Nous n’avons pas de trains, pas de bus. Personne ne veut venir ici. Les usines tombent en ruines, vous avez vu nos routes ?.”

On a adoré l’Albanie pour l’accueil de ses habitants, mais un peu moins pour ses routes. On est fatigué de jongler entre trafic intense, crevasses et cailloux. Alors on a hâte de la quitter pour découvrir la Grèce. Peu rancunière, l’Albanie nous offre tout de même pour nos derniers kilomètres, une agréable route goudronnée, à flan de colline avec vue imprenable sur les villages alentours.

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